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Serge Simon, la plume du rugby

Tour à tour amuseur public, ancienne gloire du Bègles-Bordeaux, version tortue dévastatrice aux côtés de Vincent Moscato, champion de France, commentateur pour la radio et la télévision, médecin, Serge Simon prend aussi la plume pour écrire des récits et textes très variés allant du comique, pour son travail avec le dessinateur Duvigan (Le rugby des barbares) à l’émouvant avec ça c’était quelqu’un. Il s’impose comme un auteur capable d’aborder des sujets forts qu’il décline avec sincérité, et émotion.  


Lorsque Georges Mugar inscrit pour son équipe l’essai de la victoire en finale du championnat contre l’indétrônable équipe de Béziers, sait-il qu’il deviendra, pour une ville entière, pour des milliers de gens, une véritable icône vivante ? La vie de certains hommes change parfois à partir d’un simple évènement. Le destin de Georges sera marqué à jamais par cet exploit individuel qui le placera tout en haut de l’affiche pour le reste de sa carrière et même haut-delà. Mais qu’arrive-t-il lorsque l’homme, redevenu simple citoyen, certes citoyen de marque, doit réinvestir son temps pour l’adapter à sa nouvelle vie, celle de l’après carrière de sportif de haut niveau ?

Pour Georges, la dégringolade sera sans fin. Certes encore un héros pour beaucoup, son nom est trop souvent attaché à cette phrase cinglante « ça c’était quelqu’un »… Cette expression fait naître chez lui comme un malaise, « Ça c’était quelqu’un… » tournait dans sa tête comme une boule de feu. N’était-ce pas ce qu’on dit d’un mort ? Quelque chose de lui, ou peut-être lui dans son entier, s’était donc à ce point pétrifié. Il « avait été quelqu’un », ravi de l’entendre. Il avait été celui qui avait marqué l’essai de la finale. Peut-on n’être que cela ? Peut-on n’être qu’un geste, qu’un fait ? Pourquoi avait-il marqué cet essai ? Pourquoi aucun défenseur n’avait-il réussi à le plaquer, lui sauvant la vie ? Car comment supporter que l’on parle de soit au passé ? Pour Georges Mugar, le deuxième ligne héroïque, celui qui faisait se lever les foules, celui à qui on demandait des autographes à tour de bras, celui qui émoustillait les jeunes filles tout juste nubiles, n’a pas été préparé à vivre autre chose que sa carrière de sportif. D’ailleurs il n’était pas bon élève, mais qu’importe, il y avait le rugby et sa grande famille pour le porter et faire de lui la pièce manquante de l’édifice. Mais le passé revient vite en pleine figure pour dresser un constat amer : Georges ne savait rien faire. Georges était un crétin. Georges, seigneur sur un terrain, était un âne dans les rues de la ville. Nourri au sein de la mêlée, construit dans ce collectif octal, Georges, une fois seul, chutait implacablement.

Pourtant Georges possède tout pour être heureux, une femme attachée à lui et prête à supporter ses « incartades », des enfants magnifiques, une belle maison, un compte en banque encore bien garni… mais l’équilibre psychologique d’un homme ne peut se forger dans de simples clichés de bonheur, dans ces rêves d’enfant car ils ne sont que peu de chose au regard du manque. Le manque qui envahit tout sportif achevant une carrière exemplaire et qui se retrouve tout à coup projeté en dehors de sa famille d’accueil, celle qui le porte depuis qu’il a l’âge de courir. Au fur et à mesure qu’il s’éloigne de cette sphère, Georges se retrouve comme démembré, désarticulé. Alors, comme beaucoup le font et le feront encore, il trouve un refuge dans l’alcool pour oublier, pour essayer de garder une attache avec tous ses gens qui lui offrent un demi ou un verre dans les bars où il se rend. Car comment refuser de partager encore ? Georges accepte, et il y prend goût, au point de devenir dépendant. Son corps, autrefois valeureux, sculpté comme un guerrier se décrépit dès lors sans cesse. En dix ans à peine, il avait muté en un tas informe. La vie, la vraie, celle de l’autre monde le vit involuer physiquement.

Au travers de ce portrait d’homme, Serge Simon nous fait prendre conscience de ces destins déchirés de sportifs qui n’arrivent pas à franchir le cap de l’arrêt de leur carrière. Ancien rugbyman de haut niveau, commentateur pour la radio ou la télé, écrivain, il est aussi médecin au CHU de Bordeaux, chef du Centre d’accompagnement et de Prévention pour les sportifs, chargé d’un accompagnement psychologique des athlètes. Serge Simon possède aussi une plume qui détone, qui vibre aux pulsations de son cœur. Car l’ancien sportif parle avec cette envie, non pas de nous séduire, mais de nous faire partager ses émotions, son vécu, ses coups de gueule ou ses passions. Loin d’être anecdotique, Ça c’était quelqu’un s’impose comme un roman sensible, témoignage poignant d’une réalité de l’ombre…

Serge Simon – ça c’était quelqu’un – Prolongations – 2010 – 14 euros  

 

Autre récit de Serge Simon paru chez Prolongations, La mêlée peut être considérée comme un texte mi-essai, mi-témoignage sur cette phase de jeu si particulière du rugby. Pour les non-initiés, la mêlée regroupe les huit avants, les huit « gros » comme on dit dans le jargon, ceux qui, souvent dans l’ombre accomplissent un fantastique travail de percussions, fixant et libérant des espaces pour les arrières qui peuvent ainsi faire parler leur pointe de vitesse. Serge Simon ancien pilier de l’équipe de Bègles-Bordeaux nous ouvre véritablement les secrets de cette phase de jeu en en magnifiant les moindres gestes. D’une poésie teinté d’humour par les allusions qu’il induit, le texte se savoure d’une traite, et nous amène à vivre ce moment, qui ne dure pourtant que quelques secondes, de l’intérieur. On perçoit grâce au récit très descriptif qui laisse planer tout un imaginaire débordant, toute l’intensité du choc et le lecteur découvre le secret des liaisons, ces liaisons faisant de huit hommes un tout, un ensemble prêt à vaincre ou à mourir ensemble.

D’une plume sans pareille, La mêlée, se vit au-delà de se lire. C’est si rare que cela mérite d’être souligné !

Serge Simon – La mêlée – Prolongations – 2008 – 11 euros


Nous vous avions présenté au début de ce dossier spécial la bande-dessinée Les rugbymen, fantastique série hilarante en 8 tomes qui racontait les péripéties d’un club de rugby amateur, le P.A.C. Serge Simon a pris part quant à lui à une autre série tout aussi délurée, Le rugby des barbares, paru chez Hugo BD. Deux premiers tomes actuellement en rupture de stock ont été publiés en 2007 et 2008, avec comme conseiller technique de choix Abdelatif Benazzi. Serge Simon prendra la suite avec deux nouveaux récits écrits en 2009 et 2010 (3 – Le Coach et 4 – Faites la boue, pas la guerre !).

Les barbares composent une équipe de rugby qui ne brille pas par ces résultats. Peu importe car la bonne humeur est toujours là. Alors que la routine s’installe, un évènement va tout remettre en cause : le coach des barbares décède malencontreusement lors d’une séance sadomaso. Les barbares vont alors partir à la recherche d’un nouvel entraineur. Petite annonce, casting pour essayer de dénicher la perle rare capable de relever l’équipe. De scènes cocasses en ambiance délurées, les barbares vont enfin trouver celui qui va prendre en main leur destin, un petit homme âgé que tout rapproche du mythique Maitre Yoda de Star War… Celui-ci va leur inculquer le secret de la force et faire de cette équipe de looser habituée aux défaites cinglantes une redoutable machine à gagner…

L’histoire se poursuit dans le second volet confié à Serge Simon. Les barbares maitrisent maintenant totalement la force et en jouent peut-être un peu trop au goût de leur coach au point que des suspicions pèsent également sur eux lors des matches, privant leurs adversaires de la possibilité de marquer des essais en usant de stratagèmes plus édifiants les uns que les autres… Les arbitres ne sont pas en restent puisque leurs décisions sur certaines phases de jeu, telle la mêlée, tournent à l’incompréhensible. L’arbitre qui prend la figure parfois d’un Napoléon, parfois d’un Balladur, parfois d’un de Gaulle ou d’un Gandhi, n’arrive pas à maitriser les joueurs lors des bagarres générales.
Bref rien ne va plus ! Alors que, lors des pénalités, le ballon finit sa course sur Mars, sous les coups de pieds générés par « La force », les habitants d’autres planètes finissent, au même titre que les astronautes de la NASA en mission, à suivre les matches de très près… tout comme ces gendarmes venus tout droit de Saint-Tropez et qui essayent de dénicher les traces d’un dopage organisé…

Cette série, confiée à Serge Simon se parcours avec délectation. Enchaînant les situations les plus hallucinogènes, le rugby devient se sport tout droit venu d’une autre planète. On adhère sans mal à ce flot de blagues continue… un degré de galéjades rarement atteint !

Serge Simon/Duvigan – Le rugby des barbares – Hugo BD – 2009


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