Festival de Cannes 2019 MaXoE Focus Game of Thrones
Après une édition 2018 sous le signe du renouveau (modification des dates du Festival, de la gestion des projections et de nombreux nouveaux venus au sein de la Sélection Officielle), cette édition 2019 est celle de la femme. Déjà par ce choix de rendre hommage à l’immense réalisatrice Agnès Varda disparue récemment, avec l’affiche officielle de cette 72e édition. Mais aussi et surtout parce que pour la première fois, l’organisation du Festival a mis un ... En savoir plus !
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Cinéma / DVD /
Films en Vrac : Mother ! (Darren Aronofsky) & Faute d’amour (Andrey Zvyagintsev)
Ultra symbolisme et ultra réalisme

Appréciation de MaXoE
8
Appréciation des Lecteurs
1 / 52 / 53 / 54 / 55 / 5

Très attendu depuis quelques mois, le dernier film de Darren Aronofsky (présenté début septembre lors de la Mostra de Venise) est arrivé sur nos écrans noirs il y a une dizaine de jours. Encensé par les uns, décrié par les autres, autant dire qu’il ne laisse pas indifférent. Tout comme le lauréat du Prix du Jury du dernier Festival de Cannes, Faute d’amour. En salle depuis ce mercredi, le dernier film du russe Andrey Zvyagintsev est une claque visuelle et émotionnelle.

Mother !, réalisé par Darren Aronofsky

7/10

Un couple vit dans une grande maison isolée. Lui est poète, en panne d’inspiration. Elle, s’occupe de rénover la maison afin d’en faire son paradis. Leur vie semble paisible, lisse et sans anicroches.

Un soir, croyant avoir affaire à un Bed & Breakfast, un homme fait irruption chez eux. Voulant lui rendre service, ils l’hébergent. Le lendemain, au lieu de partir, l’homme fait venir son épouse. Et très rapidement, le couple d’invités devient de plus en plus étrange et envahissant.

Darren Aronofsky est un réalisateur qui aime créer des ambiances et mettre mal à l’aise son spectateur. En l’oppressant. Avec ce huis clos prenant place dans une grande et vieille demeure aux portes qui grincent, au plancher qui craque et aux couleurs ternes, le malaise se fait instantanément ressentir. Il y a bien quelque chose de pourri dans ce royaume si parfait que la jeune épouse du poète cherche à créer. Peu à peu, le bonheur laisse place au cauchemar, la perfection au malsain. De façon insidieuse. D’abord avec ce couple de visiteurs inconnus. Puis avec d’autres envahisseurs qui viennent mettre à mal la tranquillité de l’auteur et de sa muse.

Dans Mother !, tout repose sur le symbole. Le film est une allégorie aux différentes interprétations. Et c’est peut-être bien là ce qui dérange les détracteurs du film : qu’il n’y ait pas d’explication claire. Oui, l’exercice de style peut (à juste titre) être pris pour de la masturbation intellectuelle. Mais c’est paradoxalement ce qu’il y a de plus intéressant dans ce film. Le fait que chacun puisse y voir ce qu’il souhaite : relecture de la Bible, éternel recommencement, destruction de la nature, … Et surtout – thème cher à Darren Aronofsky – création qui mène à la folie. Si le résultat n’est pas aussi abouti que celui de Black Swan (loin d’être égalé ici), Mother ! a le mérite de déranger. Tant par son ambiance que par sa mise en scène au rythme saccadé et dont la caméra sans cesse en mouvement suit une Jennifer Lawrence stupéfiante. Et encore plus malmenée que ne l’est le spectateur.

Mother !, réalisé par Darren Aronofsky. Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, … Sorti en salles le 13 septembre 2017.

 

Faute d’amour, réalisé par Andrey Zvyagintsev

9/10

Un couple en plein divorce, faute d’amour. Un couple qui enchaîne les visites de leur appartement, dans le but de le vendre. Un couple qui se déchire sous les yeux de leur enfant de douze ans, Aliocha. Sans lui prêter la moindre attention. Car chacun a commencé à refaire sa vie. Boris, le père, est en couple avec une jeune femme qui attend son nouvel enfant. Et Genia, la mère, a rencontré un homme plus âgé à la situation aisée, avec qui elle semble s’épanouir enfin. Le couple, tellement pressé d’en finir avec leur union, ne se préoccupe pas de l’enfant. Ni des dégâts que leurs disputes peuvent causer. Jusqu’à ce que l’enfant disparaisse…

A travers une histoire d’une violence inouïe (celle d’un couple au bord de la rupture dont l’enfant disparaît sans que personne ne semble s’en soucier), Andrey Zvyagintsev met en exergue une société russe déshumanisée où des êtres évoluent sans âme, sans conscience, reproduisant la haine des générations précédentes. Celle de la mère de Genia pour sa fille. Celle de Genia pour son enfant disparu, enfant dont elle n’a jamais voulu mais qu’elle a finalement gardé à cause de son mari qui l’en a convaincu. Avant d’en mettre enceinte une autre.

Une société déshumanisée oui. Mais tout simplement parce que le bonheur en est absent. Une absence de bonheur que l’on retrouve dans la mise en scène du cinéaste : bâtiments austères, appartement luxueux mais à l’aspect glacial, climat gris ou enneigé. La forme de ce film (dont vous pouvez retrouver la critique complète) est désespérée et en même temps d’une beauté stupéfiante. Une beauté à l’image de son actrice principale Maryana Spivak qui, en mère dépourvu d’amour, irradie l’ensemble du film par sa dureté et sa justesse. Une beauté qui n’éclipse pas pour autant le terrible propos : l’égoïsme de l’être humain qui avance tête baissé sans jamais se remettre en question.

Faute d’amour, réalisé par Andrey Zvyagintsev. Avec Maryana Spivak, Matvey Novikov, Andris Keishs, Alexey Rozin, …  Sorti en salles le 20 septembre 2017.

Appréciation de MaXoE
8
Appréciation des Lecteurs
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Mother ! & Faute d'amour
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