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Focus Polar et Thriller : Le genre selon Bertrand Tavernier
L.627, L'Appât et Dans la brume électrique

Contrairement à Hitchcock qui a fait du genre sa marque de fabrique, Bertrand Tavernier est un touche à tout. Allant de la comédie dramatique au film de guerre, en passant par le film historique et même le film de cape et d’épée (ah, La fille de d’Artagnan !), sa filmographie explore quasiment tous les genres. Dont celui du polar.

Sorti en 1992, L.627 est la seconde incursion de Bertrand Tavernier dans le genre du polar après Coup de torchon (1981). Co-écrit avec un ancien policier (Michel Alexandre), L.627 dépeint le quotidien de la brigade des stups de Paris en suivant notamment le parcours de Lucien « Lulu » Marguet (Didier Bezace), enquêteur de la police judiciaire passionné par son travail.

S’affranchissant du style classique du film policier consistant à se focaliser sur une enquête spécifique jusqu’à son dénouement, l’ambition affichée de Bertrand Tavernier était ici de proposer un film réaliste sur les conditions de travail des policiers de terrain. Se plaçant quasi-exclusivement du point de vue de ces policiers, L.627 s’attarde surtout sur le manque de moyens dont disposent les forces de l’ordre pour mener à bien leur mission, en même temps qu’il dénonce le décalage existant entre la réalité du terrain et les obligations de résultats imposées par ceux d’en haut. Le propos ne s’arrête pas là, le film interrogeant également l’environnement social du trafic de drogues et de sa consommation (dépendance, lieux de vie insalubres, prostitution, …). Au-delà de cette portée politique, L.627 a – par la suite – influencé bon nombre de séries policières, notamment la série PJ

Après une incursion dans le film de cape et d’épée avec La fille de d’Artagnan (dont j’ai usé la VHS à force de la regarder), Tavernier revient au polar trois ans seulement après L.627 avec un film bien plus sombre : L’Appât. Ours d’Or de la Berlinale 1995, le film s’inspire d’un fait-divers macabre de 1984, celui de « l’affaire de l’appât » dans laquelle un trio de jeunes gens ont d’abord commis de simples cambriolages, avant de torturer puis tuer leurs victimes. Le principe ? Une jeune femme sert d’appât afin de séduire des hommes fortunés. Une fois chez sa victime, l’appât – tel un cheval de Troie – permet à ses complices d’entrer afin de dépouiller leur proie.

Cet appât, c’est Marie Gillain. Troisième film de l’actrice après Mon père, ce héros et Marie, L’Appât est celui qui a lancé sa carrière, tout comme celle de ses complices à l’écran : Olivier Sitruk et Bruno Putzulu. Rejoignent également cette distribution Richard Berry, Philippe Duclos, Clotilde Courau et Philippe Torreton (déjà présent dans L.627). Dépassant l’histoire de ce fait-divers extrêmement choquant, Bertrand Tavernier fait une fois encore preuve d’audace en interrogeant l’origine de cet engrenage macabre, celle d’une jeunesse sans repères, perdue dans une société où le profit est le maître mot, et qui n’a même pas conscience de la gravité de ses actes.

Dernier polar en date de Bertrand Tavernier, l’adaptation du roman de James Lee Burke Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Dans ce film – réintitulé Dans la brume électrique (2009) – Tavernier s’essaye à un casting international et envoie Tommy Lee Jones en Louisiane traquer un tueur en série qui s’attaque à de très jeunes femmes. Après la découverte d’une nouvelle victime, il fait la rencontre d’Elrod Sykes (Peter Sarsgaard) star hollywoodienne en tournage dans la région. Elrod confie au policier qu’il a repéré des ossements humains enchaînés dans un bayou.

Une fois encore, Bertrand Tavernier dépasse ici le simple sujet de l’enquête policière qui n’est au final qu’un prétexte à mettre en lumière le passé ségrégationniste et esclavagiste de la Louisiane, et plus globalement celui des États-Unis. L’autre qualité de ce film se dévoile à travers le jeu remarquable des comédiens, Tommy Lee Jones en tête, sublimé par une magnifique mise en scène de la Louisiane et son bayou. 

Dans la brume électrique a reçu le Grand Prix au Festival International du film policier de Beaune.