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Cinéma / DVD
I feel good : Notre rencontre avec Gustave Kervern et son interview
On se sent bien avec Gustave !

Nous avons rencontré Gustave Kervern, réalisateur avec Benoît Delépine du film I feel Good, (critique à lire très bientôt sur MaXoE) lors de l’avant première organisée par le Cinéma Le Navire de Valence.

Si vous ne connaissez pas l’univers de Gustave Kervern et Benoît Delépine (citoyens Grolandais), nous vous conseillons vivement de voir Mammuth où Gérard Depardieu part en moto chercher ses bulletins de paie, Louise-Michel avec Yolande Moreau qui s’improvise tueur à gage, ou encore Le Grand Soir pour découvrir Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde en punk à chien.

A chacun de leurs films, ils pointent du doigt les situations injustes de notre société et mettent en valeur les personnes qui en souffrent le plus. Ils le font avec humour, tendresse et beaucoup d’humanité. Leur huitième film, I Feel Good sort le 26 septembre prochain.

Nous en avons donc profité pour poser des questions à Gustave Kervern !

Comment vous est venue l’idée du film ?

Gustave Kervern : C’est en voyant cet endroit (le centre Emmaüs près de Pau où se situe l’action du film) que l’on s’est dit qu’il fallait absolument faire un film sur ce lieu ou du moins ayant pour cadre cet Emmaüs. L’idée du film nous est venue rapidement, dans la veine sociale car cela nous plaît et que l’on a toujours l’envie de creuser ce sillon. Et avec humour bien-sûr, car nous n’arrivons pas à faire des films sans déconner. Même si souvent nos films sont noirs, très profonds et graves il y aura toujours de l’humour.

Comment se passe l’accueil du public durant cette tournée de présentation du film ?

Je dois dire que c’est la première fois que nous avons des réactions très positives dès le retour du film, que ce soit un public jeune ou moins jeune. Ces rencontres avec le public sont des points d’interrogation pour nous, car les sujets de nos films ne sont pas toujours faciles et il n’y pas forcément d’happy end, donc les gens sont souvent un peu surpris. Et là, sans que l’on ait fait exprès, mis à part le fait que nous voulions que le film soit joyeux pour aider à fédérer les gens, il y a une sorte d’ambiance positive autour du film.

Les personnes que l’on voit dans le film sont réellement des compagnons ?

Seulement pour les séquences de tri des objets. Pour les personnages principaux, outre Jean Dujardin et Yolande Moreau, nous avions pensé d’abord à des comédiens professionnels comme Grégory Gadebois, Corinne Masiero ou Jean-François Stevenin. Mais on trouvait que cela aurait manqué de crédibilité.

Donc ensuite on prévoyait de prendre de véritables compagnons mais comme nous n’aimons pas faire de casting et faire passer des essais devant la caméra, nous avons choisi de travailler avec des personnes que l’on connaissait.

Par exemple, le personnage du cuisinier c’est notre véritable cuisinier, il y a une autre personne engagée qui vit au RSA depuis de nombreuses années, et effectivement celui qui joue le libraire est un acteur de théâtre que l’on a repéré dans un court métrage (Jean-Benoît Ugeux). Il y a aussi Lou Castel, ancien comédien star des années soixante, qui a tourné avec Visconti.

Bref, nous voulions que ce soit aussi hétéroclite qu’un Emmaüs ! La sauce a pris entre eux et surtout avec Jean Dujardin qui a été formidable sur le tournage.

Comment se construit un film de Kervern et Delépine ?

Ça peut être à partir d’une idée bien-sûr mais le lieu est souvent notre point de départ. Dans le Grand Soir c’était une zone commerciale et là en l’occurrence c’était le centre Emmaüs de Pau que l’on est allé voir grâce un ami. On a découvert un lieu hors du commun où les gens vivent quasiment en autarcie.

Dans la mise en scène, laissez-vous une grande part à l’improvisation ?

Il y a zéro improvisation. Justement ce film-là, on l’a écrit de bout en bout car nous voulions nous référencer à des comédies italiennes très dialoguées des années 60-70. On souhaitait notre personnage principal comme ça, un peu à l’italienne, un peu vendeur de cravates et c’est pour ça que nous avons écrit beaucoup plus de dialogues qu’à notre habitude.

Et puis il y a aussi une autre raison, c’est que nous tournons sur des délais très courts, environ cinq semaines, ce qui nous oblige à tourner seulement ce qui est prévu et à ne pas nous aventurer vers d’autres choses.

L’Abbé Pierre, c’est un personnage qui vous parlait avant le projet d’I feel Good ?

Oui, dans notre génération L’abbé Pierre a été longtemps la personnalité préférée des Français, maintenant c’est Cyril Hanouna (rires). C’était une figure marquante avec un engagement fort. Et puis j’ai connu Emmaüs étant jeune, j’allais chercher mes meubles là-bas la première fois que j’ai pris un appartement et pour Benoît pareil, sa mère y allait tout le temps, Emmaüs faisait partie de l’univers des Français.

Vous auriez envie de changer complètement de style de film, un western ou de la science fiction ?

Je ne crois pas non, nos capacités sont peut-être limitées, mais tourner dans des décors en carton pâte ne nous plairait pas. Nous sommes bien dans ce que nous faisons, vivre trois semaines dans un Emmaüs pour les besoins du film, c’est fort ! Et puis du côté de la technique c’est pareil, il y a peu de plans dans nos films, environ 150 par rapport à un film américain qui en a 10 000 et il faut que chaque plan dise quelque chose. Notre travail est de trouver une idée par plan. Donc on va créer le film petit à petit avec les acteurs, avec les décors naturels, avec les gens qu’on trouve parfois au dernier moment. Quelque part à chaque tournage on apprend et l’on s’enrichit de ce genre d’expérience.

Merci au cinéma Le Navire de Valence et en particulier au directeur, Cyril Désiré, d’avoir permis cette rencontre.