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L’époque Victorienne au Cinéma : Londres et les bas-fonds
Âmes sensibles s'abstenir...

Avec son architecture grandiose et ses costumes somptueux, l’époque Victorienne est un terrain idéal pour le Septième Art. Mais cette période n’est pas seulement celle de l’essor industriel, des grandes bâtisses et des soirées mondaines de la bourgeoisie. Elle est aussi celle de l’absinthe, des fumeries d’opium et des tueurs en série. Entre réalité (From Hell sur le mystère Jack l’Éventreur) et fiction (Dracula de Coppola et Sweeney Todd de Tim Burton), plongez à présent dans l’envers du décors : Londres et ses bas-fonds…

Dracula Une

Dracula, réalisé par Francis Ford Coppola (1992)

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Transylvanie, 1462. Le prince roumain Vlad Dracul part en guerre contre les armées turques, laissant sa femme Elisabetha. Une fausse nouvelle lui parvient, annonçant la mort sur le champ de bataille de son époux. Folle de chagrin, elle se suicide en se jetant dans le fleuve. De retour de la guerre, le prince découvre que l’Eglise a damné l’âme de sa femme. Il décide alors de renier Dieu et devient un vampire.

Quatre cents ans plus tard, en 1897, un jeune clerc de notaire londonien – Jonathan Harker – est envoyé en Transylvanie afin de conclure la vente d’une abbaye à Londres pour le compte d’un mystérieux individu : le comte Dracula. Au moment de la signature de l’acte, le comte découvre le portrait de Mina, la fiancée de Jonathan, qui ressemble trait pour trait sa femme Elisabetha. Dracula, convaincu qu’il s’agit de la réincarnation de son épouse, décide d’aller la rejoindre à Londres.

Dracula DeuxNé sous la plume de l’irlandais Bram Stocker en pleine période victorienne, le personnage de Dracula est aujourd’hui un mythe. Vampire le plus célèbre de la littérature, il est également devenu le plus célèbre du Septième Art. Bien des adaptations entrent dans la catégorie des nanars, certaines sont au contraire devenues des grands classiques du cinéma. Celle de Coppola relève du chef-d’oeuvre.

Premiers plans, premières claques. Une ambiance rouge sang, du clair obscur, une musique puissante. Le ton est donné dès le prologue. Visuellement, le film rappelle le cinéma de Méliès, plus proche du trucage que des effets spéciaux. L’atmosphère est lourde, brumeuse. Londres dans son décors victorien est sublimé. Le mythe est là, plus sanguinaire, plus machiavélique, plu cru mais aussi plus humain que jamais.

Dracula TroisPar ce choix d’un esthétisme gothique et d’une mise en scène sombre, Francis Ford Coppola fait de son Dracula un véritable film de genre. Un film de genre où l’ambiance est primordiale, mais sans pour autant que cela se fasse au détriment du reste. Basé sur le roman épistolaire de Stocker dont le film reprend certains codes, la narration est claire, fluide et sans détours inutiles. Le tout porté par une distribution impressionnante, presque aussi mythique aujourd’hui que l’est son personnage principal.

Tout en nuances, bien plus humain qu’il n’y paraît, le Dracula campé par Gary Oldman est montré sous un jour nouveau. Il n’est pas seulement cette bête sauvage et assoiffée de sang que tout le monde connaît. Il est aussi cet homme brisé par la mort de sa femme, traversant les siècles afin de la retrouver. Il est également cet être envoûtant et érotique, exerçant un pouvoir absolu sur ses ennemis et ses proies.

Bien qu’ayant un peu vieilli, cette adaptation reste sans doute l’une des meilleures. Fascinante et hypnotique, à l’image de son personnage central.

Dracula, réalisé par Francis Ford Coppola. Avec Gary Oldman, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Keanu Reeves, …

 
 
 

From Hell, réalisé par Albert et Allen Hughes (2001)

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Londres, 1888. Dans les rues sombres du quartier de Whitechapel des prostituées sont sauvagement assassinées puis éviscérées à la nuit tombée.

L’inspecteur Fred Abberline, agent de Scotland Yard en charge de l’enquête, comprend que ces crimes poursuivent un but précis. Ils sont méthodiques, supposant un sang-froid extrême ainsi que de solides connaissances et compétences en anatomie. Ils ne sont pas l’oeuvre d’un quelconque rôdeur. Ils sont l’oeuvre d’un tueur en série investi d’une mission. Un tueur en série venu des Enfers.

From Hell DeuxTout dans ce film est une question d’atmosphère. Une atmosphère obscure, crasse et vénéneuse. L’horreur – au lieu de se retrouver dans les meurtres perpétrés par Jack l’Éventreur – se situe dans cette reconstitution quasi expressionniste de l’underworld londonien. Absinthe, fumeries d’opium, tout participe à cette ambiance si caractéristique de l’époque. Esthétiquement, il n’y a rien à redire.

From Hell TroisMalheureusement, il semblerait que toute la réalisation se soit focalisée sur la forme, aussi brillante que le fond est léger. Peu de rebondissements scénaristiques, un dénouement clairement attendu, une intrigue qui n’aboutit pas vraiment font de ce film un bel objet, oui, mais que l’on oublie vite.

Johnny Depp – dont le jeu n’était pas encore pollué à l’époque par les excentricités de Jack Sparow – livre une interprétation assez sobre, rappelant qu’il reste un acteur de talent.

Un film à voir pour l’ambiance réussie, mais bien loin des classiques du genre.

From Hell, réalisé par Albert et Allen Hughes. Avec Johnny Depp, Heather Graham, Ian Holm, Robbie Coltrane, Jason Flemyng, …

 
 
 
 

Sweeney Todd – Le diabolique barbier de Fleet Street, réalisé par Tim Burton (2007)

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Londres au XIXème siècle. Après quinze ans d’exil en Australie, Benjamin Baker, barbier de profession, est de retour. Injustement condamné à des travaux forcés par un juge corrompu, l’homme qui répond désormais au nom de Sweeney Todd est rongé par la haine. Il revient en Angleterre pour se venger. Se venger de ce juge qui s’est débarrassé de lui afin de lui ravir sa femme Lucy. Se venger de ce juge qui séquestre aujourd’hui sa fille Johanna.

Retournant vivre à Fleet Street, Sweeney Todd fait la connaissance de Mrs Lovett qui tient une boulangerie en lieu et place de son salon de barbier. Les deux nouveaux acolytes décident de s’associer. Pour le meilleur ? Non, surtout pour le pire.

Sweeney Todd DeuxLe style Tim Burton, c’est bien simple : on aime, ou on n’aime pas. Mais que l’on appartienne à l’une ou l’autre des catégories, il faut bien lui reconnaître sa patte si particulière. Longtemps capable du meilleur en terme de réalisation, il est aussi depuis quelques années capable du pire. En tout cas, les chefs-d’oeuvre comme Beetlejuice ou Edward aux mains d’argent sont à présent loin. Si l’on prend l’objet en tant que tel, Sweeney Todd est plutôt réussi. Si on le compare au reste, l’univers sent le réchauffé.

Sweeney Todd TroisFable macabre, atmosphère gothique et humour noir, tout est là pour plaire aux inconditionnels. Avec en même temps ce curieux sentiment de facilité, cette impression de déjà vu.

Mais qu’à cela ne tienne, plongeons-nous dans l’histoire. Celle d’un homme qui orchestre sa vengeance à l’aide de rasoirs et sur fond de comédie musicale. Si le scénario n’est pas d’une grande complexité, l’intrigue reste tout de même captivante. Cet intérêt est dû pour beaucoup au duo Johnny Depp / Helena Bonham Carter, tandem totalement déjanté à tel point que l’on ne sait pas qui de l’un ou de l’autre est le plus barré. Face à eux, Alan Rickman en juge machiavélique et son fidèle bailli Timothy Spall. Du film, c’est clairement ce quatuor qui fonctionne le mieux, les histoires secondaires (notamment la romance) faisant plutôt office de remplissage.

Pour ce qui est de l’ambiance morbide, Tim Burton ne fait pas que la dépeindre, il l’exacerbe. Sans doute un peu trop. Le film n’avait pas forcément besoin de tomber autant dans la caricature.

Le fait d’en faire une comédie musicale apporte toutefois une toute autre dimension. Le genre, peu exploité, l’est encore moins lorsqu’il s’agit de traiter un sujet lourd, parties chantées rimant plutôt avec légèreté. Pourtant, cette utilisation n’est pas choquante, n’enlevant rien à la cruauté générale et prouvant au contraire que comédie musicale et farce macabre ne sont pas incompatibles.

Un long-métrage qui n’est pas exempt de défauts, mais qui se laisse regarder et apprécier, autant que les londoniens apprécient les tourtes de Mrs Lovett.

Sweeney Todd – le diabolique barbier de Fleet Street, réalisé par Tim Burton. Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, …