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4 cases en plus : Melvile (4ème volet), la chronique

Un homme décide de ne pas ouvrir la barrière qui s’élève à l’entrée des vastes terres boisées qui composent son domaine à deux chasseurs pourtant menaçants. Et l’homme ne retrouvera plus jamais la tranquillité qu’il était venu chercher dans ces lieux pourtant éloignés de Melvile, l’ancienne bourgade prospère qui aujourd’hui vivote. Descente dans les tréfonds de l’âme d’un homme habité par des secrets lourds à porter…

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Melvile

Melvile T2 de Romain Renard – Le Lombard (2016)

Le ciel nous livre parfois ses secrets et ce n’est pas son seul attrait. Car de sa simple observation peut naitre les rêves les plus fous. Des rêves qui alimentent des imaginaires à partager et libèrent nos sens. Saul Miller a longtemps transmis sa passion pour l’astronomie en enseignant cette noble matière à des étudiants que l’on suppose eux-aussi réceptifs et émerveillés. Aujourd’hui encore, bien des années plus tard, il lève la tête plus haut que l’horizon pour tenter de percevoir les amas de matière, étoiles lointaines à la lumière vive ou plus diffuse, qui dessinent le ciel à la nuit tombée. Il se souvient alors que l’homme n’a pas toujours eu son mot à dire dans la manière de percevoir un univers d’une richesse et d’une complexité sans pareille. Saul vit dans une maison isolée en périphérie de Melvile, bourgade jadis prospère devenue depuis quelques temps une ombre habitée d’âmes perdues qui cachent parfois de lourds passés pas toujours bien digérés. Saul est l’un de ces habitants. Pas des plus affables, il choisit ses amis et vit seul ou presque le reste du temps dans sa maison en bois qui représente le dernier bastion avant de s’engager dans l’immensité de la forêt sauvage qui surplombe Melvile. Les interminables marches qu’il entreprend parfois dans cet écrin de nature, le poussent jusqu’à ses plus proches et seuls voisins, Beth, une artiste qui réalise des installations en pleine nature et Daniel un jeune homme persuadé qu’une vie extra-terrestre pourrait bien s’être répandue dans la région… Alors que sa vie ne s’expose à aucun vent contraire, Saul va pourtant briser son lénifiant quotidien en acceptant de garder la petite Mia, fille d’une rare amie qui travaille tard dans un bar à la musique trop forte. Un de ces lieux peuplé d’habitués qui offrent encore un semblant de vie à une ville en déshérence. Le quotidien de Saul va dès lors se partager entre les moments passés avec la jeune fille et son observation du ciel et de la nature environnante. Jusqu’au jour où deux chasseurs tentent de pénétrer sur sa propriété pour emprunter un bout de route qui doit les mener sur un terrain de chasse…
Avec Melvile Romain Renard ne nous livre pas qu’une simple fiction ayant pour cadre une petite bourgade perdue quelque part en Amérique du nord ou ailleurs. Il nous raconte un lieu et les personnes qui y vivent ou y gravitent. Des personnes qui possèdent en commun des difficultés à communiquer, peut-être aussi parce qu’elles ne sont pas encore totalement en paix avec elles-mêmes et qu’elles cachent de lourds passés, de ceux qu’il est difficile de balayer d’un simple revers de la main. Saul Miller est l’un d’eux. Il a vécu à Melvile avant de partir à la ville pour y suivre des études universitaires. Il intègre ensuite la faculté comme enseignant dans le département d’astrophysique. Une réussite parfaite. Et pourtant, l’homme semble, bien des années plus tard, nébuleux sur la vie qu’il a menée loin de la maison familiale. Pour quelles raisons ? Romain Renard construit son récit avec cette double ambition de creuser suffisamment le cadre et le background de ses personnages pour atteindre une forme de réalisme troublant accentué par le rendu graphique qui se rapproche, dans la réalisation des décors et du cadre naturel, de la photographie, et de semer, tout au long du récit, des zones d’ombres qui viennent offrir un volet quasi-fantastique à certaines scènes, qui empruntent au courant pictorialiste (Gustave Marissiaux, Léonard Missone, Edward Steichen ou encore Alfred Stieglitz) qui vire au symbolisme (planches des pages 132 à 142), dans lequel l’apport de la lumière, parfaitement maitrisé, se fait essentiel. Ombres et lumières. L’auteur belge navigue entre les deux. Pour mieux nous perdre, d’où l’absence de certains repères, de temps (fin des années 80 ?) et de lieu (Amérique du nord ?), mais aussi pour mieux nous immerger dans son monde, au point de nous en rendre acteur. Pour cela l’auteur joue sur un tempo qui prend volontairement son temps se rapprochant de fait d’une construction plus littéraire. Peut-être l’influence des lectures assumées de Jim Harrison, Ron Rash ou du courant nature writing qui peut se lire notamment dans le traitement de la thématique écologique. Dans ce contexte Romain Renard ajoute un suspense qui se fait croissant, avec l’arrivée, dans la vie réglée de Saul, de perturbateurs « étrangers » représentés par ce duo de chasseurs qui va raviver de vieux démons. Une tension particulièrement sensible qui s’alimente des silhouettes aperçues à la nuit tombée depuis la fenêtre de la bâtisse de Saul.
L’histoire de Saul Miller n’est pas véritablement la suite du premier opus de ce triptyque. Elle forme en réalité un récit indépendant qui nourrit l’univers de Melvile et en révèle d’autres aspects géographiques ou d’autres personnages. Chaque volet apporte donc ses vérités et ses parts d’ombres, mais, au fil des planches, des parcours des hommes et des femmes, se dessinent les contours moins flous du drame à venir. Le récit graphique se voit compléter par l’application Melvile pour tablettes qui, à la manière d’un Google maps, offre des images, des photos de chaque lieu. Des histoires additionnelles viennent compléter la trame déjà offerte et la bande son atmosphérique, composée par Romain Renard himself, finit de nous emporter de façon durable vers cette bourgade de 478 âmes dont l’envie nous habite d’en savoir plus. Un univers singulier qui laisse au lecteur cette possibilité si rare de s’y projeter…

Romain Renard – Melvile T2 : L’histoire de Saul Miller – Le Lombard – 2016 – 22,50 euros  


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