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La BD du jour : Quatre jours de descente de Grégoire Bonne (Mosquito)

Un procès s’ouvre pour juger un Polonais qui aurait tué l’un de ses compatriotes. Les évidences sont-là ou du moins semblent là pour celui qui survole la vérité dans une histoire obscure. Charles Mirmetz fait partie des jurés. Il va devoir écouter les faits qui lui sont présentés, écouter les voisins qui se succèdent à la barre et les accusations d’un procureur général convaincu par son discours pour rendre la justice. Mais, traversé par des visions de l’innocence de l’accusé l’homme va livrer un combat pour la justice et « réparer » ainsi indirectement la mort d’un fils dont il se fait le seul responsable…

Dans la France des années 60 un procès s’ouvre. Une sordide histoire de bagarre entre deux Polonais qui ne déchaîne pas les foules, au point que le verdict semble sans appel. Charles Mirmetz fait partie des dix jurés du procès. Il réalise sa mission avec un soin et une attention de tous les instants, notant sur un calepin tout ce qui est dit pour tenter de visualiser la scène du crime et pouvoir se faire sa propre opinion de ce qui a dû arriver. Le présumé coupable, au nom de Salesky aurait, pour un motif qui pourrait être celui de l’argent, roué de coups de barre de fer, avec un acharnement sans pareille, son ami Koznic. Le crime s’est déroulé lors d’une soirée pluvieuse et sombre dans une rue déserte de la ville, sans qu’aucun témoin ne puisse attester de la vérité des faits, rendant difficile l’établissement de la vérité. L’accusé, passif, sait qu’il n’échappera sûrement pas à une lourde peine. Alors que le procureur général évoque les faits, mettant en cause Salesky, Charles Mirmetz est victime d’un malaise causé par la vision du corps de la victime sur une chaussée gorgée d’eau. L’homme ne dort plus depuis la mort accidentelle de son fils tombé dans le trou d’une mine alors qu’il tentait de rentrer chez lui à la nuit tombée. Charles aurait dû le récupérer en voiture après son travail, mais ce jour-là son employeur avait exigé qu’il reste boucler un dossier urgent. La culpabilité qui l’envahit explique qu’il souhaite aujourd’hui ne pas participer à une injustice, d’autant plus que de nouvelles visions se forment dans son esprit autour de la scène du crime. Des visions qui tendraient à dire que Salesky n’est pas le vrai coupable. Dans une salle d’audience gangrénée par des a priori très négatifs attachés à l’accusé Charles va tenter d’inverser la courbe des évidences…

Récit sombre, crépusculaire, habité par la mort, celle du fils du héros, celle de ce Polonais obscur, tué par un de ces compatriotes que personne ne connait, transparent dans une société profondément raciste, récit traversé par la nécessité de ne plus couvrir la/les vérités du voile qui leur ait trop souvent attaché, récit psychologique et torturé sur lequel plane un fantastique léger qui le dimensionne. Quatre jours de descente explore les pensées d’un homme meurtri qui a décidé de jouer son rôle de juré avec une attention portée à tous les témoignages, à tous les faits exposés froidement et à ses visions obsessionnelles qui lui disent dans son for intérieur que l’accusé n’est pas coupable. Grégoire Bonne livre ici une histoire qui joue sur plusieurs registres. Celui du poids d’une société qui ne pense déjà plus par elle-même, polluée par les évidences faciles et un racisme exacerbé à peine caché. Celui du poids de la culpabilité qui traverse Charles Mirmetz, un homme sans histoire, habité par la mort de l’un de ses fils. Une culpabilité qui explique son désir inconscient de ne pas accompagner vers la mort un homme sans savoir s’il est vraiment l’auteur des actes qui lui sont reprochés. Parcouru de visions qui tendent à démontrer l’innocence du prévenu l’homme va tenter d’inverser les évidences d’une enquête trop vite bâclée dans laquelle l’arme du crime n’a même pas été retrouvée. L’auteur porte ainsi une réflexion sur le rôle de la justice parfois profondément à contre-courant de ce qu’elle devrait être, tout comme il met en évidence le poids de la manipulation orchestré dans une salle d’audience où les jurés deviennent les femmes et les hommes à séduire. Un récit qui regorge de détails à assembler, d’une maitrise totale, servi par un dessin d’une grande puissance évocatrice qui flirte avec le fantastique dans lequel nous porte une couverture qui donne le ton. Chapeau !   

Grégoire Bonne – Quatre jours de descente – Mosquito