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La BD du jour : Satanie de Vehlmann et Kerascoët chez Soleil / Métamorphose

Le premier tome de Satanie, publié il y a un peu moins de six ans, n’a jamais connu de suite. Chose est réparée ici avec la fin de ce projet sous forme d’intégrale reprenant les planches déjà publiées. Plongée dans les entrailles de la terre, à la recherche de la nature de l’homme ou plutôt de celui qui a côtoyé notre ancêtre, à savoir l’homme de Neandertal…

L’abbé Montsouris est particulièrement remonté lorsqu’il apprend qu’une équipe de spéléologues a décidé de s’enfoncer sous terre sans forcément tenir compte d’éléments météorologiques défavorables. Un certain Lavergne et quelques autres néophytes, poussés par Charlie (en fait Charlotte), se sont enfoncés dans les entrailles de la Terre à la recherche de Constantin, le frère de la jeune fille, disparu quelques temps auparavant. Ce qui inquiète l’abbé, initié à la spéléologie, contrairement à tous les autres, c’est la profondeur atteinte par les spéléologues en herbe et un temps qui pourrait bien virer à l’orage. Ce qui se confirmera assez vite puisqu’à peine après être parvenu à réunir l’ensemble de l’équipée les eaux commencent à monter, obstruant le chemin qui conduisait à la sortie.

Dès lors une seule solution s’offre à l’abbé, Charlie et les autres membres : atteindre la poche d’air repérée un peu plus tôt et espérer une descente des eaux rapide. En explorant plus en profondeur les cavités qui se présentent à eux, l’abbé tombe sur des peintures préhistoriques, ce qui permet à Lavergne d’expliquer les théories qui ont conduit Constantin, le jeune homme dont ils sont à la recherche, à entreprendre un voyage sous terre. Selon le jeune chercheur, l’homme de Neandertal a disparu sans que l’on sache pourquoi, alors qu’il côtoyait nos ancêtres Homo-sapiens. Il aurait alors entrepris de se rendre sous terre par esprit d’exploration et pour fuir la glaciation. Si la théorie reste fumante pour l’abbé, il se doit de tenter de sauver les intrépides aventuriers. Et c’est un peu par hasard que l’équipée découvre la porte d’entrée vers un monde inconnu, peuplé d’hommes identiques en tous points à ceux qui vivent en surface, qui porte le nom d’Ultima Thulé. Les habitants de ce monde confirment le passage de Constantin parmi eux mais le jeune homme aurait ensuite dérobé une combinaison thermique avant de s’enfuir dans les entrailles de la Terre, dans une zone bien plus dangereuse peuplée d’une faune et d’un univers organique des plus inquiétants et ce afin de découvrir l’entrée de Satanie …

Ce récit sous Terre pourrait nous faire penser à l’univers construit patiemment par Jules Verne en son temps, avec son lot d’aventures épiques, autour de héros bien trempés. Le côté moins daté et la réflexion sur les enfers en plus. Dans cette descente dans l’antre de la Terre, les intrépides aventuriers de ce récit ne vont pas tous rester indemnes. Les plus chanceux vont se rapprocher pourtant de la mort en de multiples moments, le monde de Saatanie étant peuplé d’êtres voraces et peu enclin au dialogue. Dans ce monde organique, là où personne n’est jamais allé, Charlie, jeune fille un peu barré va tenter de retrouver les traces de son frère dont elle était très proche. A ces côtés le duo abbé Montsouris et Lavergne, occupé à débattre théories fumantes et théologie, forment le socle de ce récit qui se veut, par l’absence d’horizon des plus étouffants. Le huis clos sous terre fonctionne à merveille et, dans un tel registre, le duo Kerascoët parvient à nous offrir des planches à des plus édifiantes, d’une maitrise graphique et d’une beauté saisissante. A l’origine édité chez Dargaud et prévu en deux tomes, le premier volet, publié en 2011 restera orphelin de sa fin. C’est à l’initiative des éditions Soleil pour sa collection Métamorphose que le récit peut enfin se ponctuer, avec, à la clef, une immersion décalée et savoureuse dans les mondes débridés de Fabien Vehlmann, très à l’aise sur ce registre.

Vehlmann/Kerascoët – Satanie – Soleil/Métamorphose – 2016 – 22,95 euros