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La BD du jour : Réalités obliques de Clarke

Clarke possède deux visages qui peuvent nous paraître strictement opposés. Et pour tout dire nous sommes assez proches de la vérité. Aux récits de Mélusine enlevés et aux gags appuyés et bien sentis, l’auteur appose depuis peu des récits fantastiques sombres dans lequel il place peut-être aussi un peu de ses angoisses et de ses questionnements sur le monde. Réalités obliques appartient à cette seconde veine. Apprêtez-vous à sombrer dans un univers parallèle des plus aliénants…

Réalités obliques

Réalités obliques de Clarke – Le Lombard (2015)

Une femme nous explique qu’elle ne vit qu’un jour sur deux. Cela pourrait paraître bête si la réalité dont elle nous parle n’était pas à prendre au pied de la lettre. Car effectivement elle n’habite le monde qui est le sien qu’à mi-temps. Difficile dans ces troublantes circonstances de construire sa vie. Un homme explique qu’il possède le don de revivre les mêmes scènes de sa vie autant de fois qu’il le veut. Il peut ainsi parfaire chaque situation pour quelle tourne en sa faveur. Un homme pris par les flammes en plein cœur d’une forêt tente d’échapper à son triste sort. Aveugle, il ne peut que faire confiance en ses autres sens pour survivre. Dans sa fuite il tombe sur une poche d’air froide qui le guide vers son salut ou vers sa chute… Un garçonnet appelle son père parce qu’il a peur dans son lit que le croquemitaine ne vienne l’enlever. Son père lui explique alors qu’il n’a pas à avoir peur et ouvre la porte du placard pour rassurer son fils… avant que deux mains fermes ne l’empoignent et le hisse dans le royaume de la nuit.
Clarke nous avait surpris il y a près de quatre ans avec Nocturnes, un récit sombre qui mêlait fantastique et attachement au réel dans un univers où les grains de sables s’amoncelaient inéluctablement coupant les possibilités d’un retour en arrière. Avec Réalités obliques il réinvestit le territoire du fantastique qu’il fusionne avec l’absurde, l’humour noir, la folie ou cette lente aliénation qui détruit progressivement les parcelles de nos territoires connus. Le contexte dans lequel évoluent ses personnages semble leur échapper faisant d’eux des pantins désarticulés envahis par la peur, la déraison, l’angoisse ou la résignation. Se faisant il nous interroge sur notre propre lecture d’une situation où la matérialité, le palpable, s’efface peu à peu nous engluant au même titre que son/ses personnage(s) dans des abysses desquelles il semble impossible de refaire surface.
Sur la forme Clarke nous propose un véritable exercice de style dans lequel le noir et blanc joue son rôle, nous attirant dans un espace-temps au sein duquel les vérités se cachent peut-être entre les deux, dans un gris nébuleux et poisseux qui n’apparaît jamais. Le format carré de l’album qui présente des séries de planches aux cases elles-aussi carrées (4 par planche) donne l’impression d’un récit en forme de poupée russe dans lequel le lecteur pense parfois se rapprocher de la réalité pour que le récit, dans sa chute, nous en éloigne parfois clairement. A noter l’excellente maîtrise du découpage qui parvient à créer un contexte, un déroulé et une conclusion en seulement quelques cases. 
Au final on se remémore les remerciements chaleureux du début dans lesquels Clarke remerciait l’apport de Jean Ray, d’E.T.A. Hoffmann, de Marc-Antoine Mathieu, de Jean-Pierre Andrevon ou encore d’Edward Hopper et de J. G. Ballard, à sa vision d’artiste. Et on comprend alors que l’auteur inscrit le travail réalisé sur Réalités obliques dans cette veine décalée où réalité et illusion se conjuguent pour nous questionner sur nos propres peurs, notre propre vision de ce monde dérangé qui fait de notre perception une des réalités ou des fictions possibles, un univers parmi d’autres, parallèle et personnel, qu’une lecture attentive de chaque récit peut révéler de manière sournoise.

Clarke – Réalités obliques – Le Lombard – 2015 – 16,45 euros

 


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