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La Première guerre mondiale : Les tranchées… (2ème partie)

La guerre des tranchées caractérise le conflit qui prend forme fin 1914 après que les mouvements amorcés à l’Est, au sud de la Belgique et sur toute une ligne allant de l’entrée de la Mer du Nord à la Suisse aient figé ce qui deviendra le front. Faces à faces d’une rare violence marqués par le lancement de centaine de millions d’obus sur les lignes ennemies, cette guerre de tranchées devait marquer à jamais l’histoire par les pertes humaines et les corps blessés dans leur chair. Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,/Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre./Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre./Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle clame Peguy dans son poème Eve en 1913. Difficile de qualifier une guerre de juste, cette première guerre mondiale ne l’était pas plus que les autres et l’horreur des tranchées devait le rappeler clairement… (voir notre première partie ici)

 Paroles de Poilus - Attaque suicide

Les évènements vus par la BD

Nous vous proposons d’explorer la thématique de l’attaque (« suicide ») hors de la tranchée à partir des albums suivants :

–       Carnets de 14/18 de Hogh & Mailliet (Le buveur d’encre)
–       Paroles de Verdun sous la direction de Jean-Pierre Guéno (Soleil)
–       Paroles de poilus T1 sous la direction de Jean-Pierre Guéno (Soleil)
–       Mattéo T1 de Gibrat (Futuropolis)
–       Notre Mère la guerre de Kris & Maël (Futuropolis)
–       Aio Zitelli ! de Bertocchini/Holgado/Marko & Sayago (Albinia)
–       Cicatrices de guerre(s), collectif (Les Editions de la Gouttière)
–       Putain de guerre ! de Tardi (Casterman)
–       Vois comme ton ombre s’allonge de Gipi (Futuropolis)

La vie des tranchées étaient particulièrement codifiée. Les mouvements destinés au ravitaillement (en nourriture et en munition) alternaient avec ceux des changements d’équipe. Parfois l’artillerie soulageait l’action défensive des premières lignes ou au contraire soutenait une attaque à venir. Ces attaques préparées devaient se dérouler à des heures déterminées et les officiers réglaient généralement leurs montres pour respecter l’ordre de marche prévu initialement. Peu avant était généralement distribué un petit remontant (alcool ou drogue) pour permettre aux soldats de vaincre ou d’oublier leur peur. Puis venait de l’officier l’ordre de marche dans le no man’s land…

Carnets 14 18  Attaque suicide  

Avec une sorte d’inquiétude animale, serrés les uns contre les autres, tous se taisent. Nous sommes cinquante empilés dans ce réduit, si serrés que nous ne pouvons faire un mouvement. Nos pieds enfoncés dans la terre se gèlent avec elle. Debout, j’ouvre les yeux et la terrible réalité m’apparaît, nous allons partir à la mort. Nous finissons par marcher dans un demi-sommeil, inconsciemment, sans ordres, sans voix et sans pensées, comme des bêtes. Dans cette atmosphère où l’on sent la mort insaisissable, on entend des cris, des ordres venus d’on ne sait où. Le signal du départ vient d’être donné… Louis (in Paroles de Verdun) décrit ces instants qui précèdent le moment où la charge serra sonnée, d’un coup de sifflet ou de la voix rauque d’un officier pointant vers le ciel son révolver. Bientôt les hommes franchiront l’espace qui les sépare du no man’s land et s’apprêteront à courir vers l’ennemi. Charge suicidaire et vaine. L’espace qui se présente aux hommes, jonché de cadavres en décomposition, de trous béant creusés dans la terre, de fils de barbelé placés là pour freiner l’ennemi dans ses avancées et offrir de fait une cible plus facile d’atteinte. Tout concours à faire naitre la peur. Les hommes foncent vers la tranchée qui leur fait face en évitant parfois les balles. Certaines sifflent près d’eux pour leur rappeler la fragilité de la vie…

Verdun - Attaque suicide

Mêmes images dans l’histoire Fragments tirée de l’album Cicatrices de guerre. La charge se prépare dans une tranchée où les hommes déjà meurtris semblent se questionner sur le sens de ce combat vain. L’officier placé au centre de l’action semble apporter à ses troupes les dernières indications. Sur la dernière case, l’officier pistolet dans la direction de la tranchée allemande semble exhorter les hommes à le suivre. Peu reviendront…

Cicatrices de guerre - Attaque suicide

Et la guerre se réveillait, de mauvais poil. Les mortiers s’insultaient à distance, puis les canons mordaient la nuit à pleine gueule, et au petit jour, au coup de sifflet cure-dent au canon, on se jetait dans la gueule du monstre, on lui courait sur les gencives, entre les molaires, la terre crachait sa fureur, en geysers de boue et de pourriture. Gibrat développe dans le premier tome de sa série Mattéo, la vie des tranchées et les moments tant redoutés de l’attaque hors de la tranchée. Son héros en gros plan sur la deuxième case avance dans le no man’s land les yeux perdus, ne sachant pas où aller, tentant vainement d’éviter les tirs d’obus, que l’on voit en arrière-plan et le tir des mitraillettes qui arrosent large sans être pingre. Derrière Mattéo à sa droite, un homme dents serrées au regard affichant la peur lui emboîte le pas. Sur la gauche du héros un homme tombe. Le no man’s land livre son verdict cruel.  

Matteo - Attaque suicide 

Dans les trois extraits qui suivent la peur de la mort se fait criarde. Plongés sous le feu continu de l’ennemi, sans même pouvoir riposter, les hommes blessés tombent sur le sol en plein no man’s land, ils en appellent à leur famille et à leurs proches d’autant plus s’ils se sentent isolés au milieu de cette mort, avec peu de chance de revenir en arrière, leur vie ne pesant dès lors plus grand-chose (Aio Zitelli !). Dans l’extrait tiré de Vois comme ton ombre s’allonge (second ci-dessous), les hommes avancent eux aussi vers la mort probable, dents serrées, visages reflétant la peur. Certains tombent étêtés, une explosion d’obus juste devant la marche d’autres soldats éblouie. Le dernier extrait est tiré de l’histoire La Blessure I (in Paroles de Poilus) adaptée par Franck Biancarelli à partir d’une lettre d’un soldat à sa fiancée : Je continue le combat, lorsque mon camarade Loiseau est atteint à une jambe. Je vois aussi mon lieutenant tomber traversé par une balle. Le combat continue, une grande quantité de mes camarades sont couchés morts ou blessés autour de moi (…) Vers les trois heures de l’après-midi (…) je suis atteint d’une balle au côté gauche (…) je fais donc tout mon possible pour me traîner dans un trou, j’ai bien du mal à m’y blottir.

Aio Zitelli ! - Attaque suicide

 Vois comme ton ombre s'allonge - Attaque suicide

 Paroles de Poilus - Attaque suicide (2)

Ceux qui parviennent à passer entre les balles et les éclats d’obus peuvent entrevoir disputer un corps à corps avec l’ennemi. Baïonnette au fusil ils avancent encore et encore pour parvenir à une dernière rangée de barbelés où ils s’exposent au feu continu des mitraillettes. C’est cette image (voir ci-dessous) que l’on peut voir dans l’extrait tiré de Notre mère la guerre de Kris et Maël. Les corps tombent désarticulés touchés de plusieurs balles tirées presque à bout portant. Même vision chez Tardi qui dans un extrait tiré de Putain de guerre ! livre la vision des combats lors de la bataille des Chemins des Dames. Devant escalader la dernière pente qui les séparent du camp allemand, les soldats se trouvent pris sous les feux d’une mitrailleuse qui déroule les balles à une vitesse cadencée vertigineuse : Elle était raide la pente, croyez-moi ! Si on avait eu le pot de franchir les barbelés il fallait ensuite essayer de grimper. On balançait nos grenades qui nous redéboulaient sur le cassis, alors on redescendait assez vite, mais il fallait y retourner dare-dare.

 Notre Mère la guerre - Attaque suicide

 Putain de guerre ! - Attaque suicide

A suivre notre troisième partie de la guerre des tranchées avec deux nouvelles thématiques : l’homme-leurre/l’homme-barbelé et Le fusillé ainsi qu’un bref topo sur l’homme-taupe/l’homme terré.


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