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Le Voyage extraordinaire… l’interview de Denis-Pierre Filippi

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voyageuneLe voyage extraordinaire en résonnance à l’œuvre de Jules Verne. Rêve d’enfant alimenté par une imagination débordante qui titille nos sens. L’auteur nantais a nourri les songes de tout un lot de gamins sur plusieurs générations, les invitant à s’émerveiller à la découverte d’un nouveau récit exotique teinté d’aventure au grand large ou sur des contrées mystérieuses épiées par le danger. Pourtant, si beaucoup revendiquent l’influence vernienne peu connaissent véritablement les récits de l’auteur de 20 000 lieues sous les mers. Denis-Pierre Filippi reconnaît ne s’être plongé dans cet univers que récemment. Son imaginaire, construit sur l’imaginaire populaire, se trouve donc comblé progressivement – il collecte depuis peu les éditions originales de Hetzel –  ce qui nous permet de découvrir, nous lecteur passionné, un récit inspiré totalement dans l’esprit de l’auteur nantais. On ne saurait du coup que trop vous recommander de vous plonger dans Le voyage extraordinaire, sublimé par le trait envoûtant de Silvio Camboni, ne serait-ce que pour prolonger le contact à Verne… Nous avons donné la parole à Denis-Pierre Filippi pour qu’il nous parle de ce que représente pour lui ce récit, qu’il évoque pour nous l’apport de Silvio à cette aventure baigné par le steampunk qui, foisonnant de détails, offre des images durablement inscrites dans nos esprits…

 

Interview de Denis-Pierre Filippi

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Comment est né le projet du voyage extraordinaire ?
Nous avions envie, avec Silvio, de nous faire plaisir sur une nouvelle série, en parallèle de Gargouilles que nous réalisions aux Humanos. Nous avions dans l’idée d’explorer une nouvelle histoire jeunesse. J’avais pour ma part déjà réfléchi à cette histoire d’enfants géniaux délaissés par leur famille et de concours Jules Verne. Je savais que ces thèmes plairaient à Silvio. Nous en avons discuté et j’ai retravaillé mon histoire en conséquence. Nous l’avons proposé à Vent d’Ouest qui l’a accepté.

Le steampunk est un genre qui ne vous est pas inconnu, pouvez-vous nous parler de votre attachement à ce style culturel et littéraire ?
J’adore tout ce qui touche aux univers polymorphes en général. Je n’aime pas écrire une histoire dans un genre sans me le réapproprier. Si je fais du western, j’y apporte une touche de décalage, comme dans Ethan Ringler avec ses prototypes d’armes et le cousin de Benz, inventeur génial qui créer un tricycle avec moteur à explosion avant l’heure. Le steam-punk est donc le lieu rêvé pour moi par son approche innovante et toujours renouvelée. L’imaginaire y tient une place sans limite et le fait de réinventer l’histoire et les vies que nous aurions pu avoir est toujours captivant. Je lie assez steam-punk et uchronie en fait, qui sont deux des caractérisations du Voyage. S’offrir un terrain de jeu presque sans limite, quoi de plus jubilatoire pour les explorateurs d’histoires que nous sommes ?

Pouvez-vous nous parler de cette idée de travailler autour d’enfants, qui plus est surdoués et spécialistes en mécanique ? Comment avez-vous travaillé autour de la construction de chacun d’eux ?
Depuis quelques années, j’ai pour habitude de travailler le passé de mes personnages avant de leur faire vivre une aventure. Ce fut le cas principalement sur John Lord, puis Ethan, Emie pour Nouveau monde. Là, je voulais un contexte familial conditionnant la personnalité de nos héros.voya01 Je voulais toucher du doigt que l’enfant n’est pas un adulte en devenir, mais bien une personne estimable et à l’intelligence certaine. Bon d’accord, là on frôle le génie, mais pas l’irréalisme malgré tout. A partir de là, le défi est d’arriver à leur garder une certaine « humanité », des réactions affectives totalement enfantines venant contraster avec leur maturité exacerbée.

Pouvez-vous revenir sur la trame de cette série et les enjeux du récit ?
En résumé, Noémie et Emilien, jusqu’à ce jour délaissés par leurs parents dans un pensionnat, sont ramenés dans le domaine familial où ils finissent par apprendre que le père d’Emilien a disparu. Cette disparition serait en lien avec un prototype qu’il préparait pour le concours Jules Verne qui l’a toujours fasciné. Les enfants décident de reprendre ses travaux et de participer à ce concours pour tenter de découvrir qui l’a enlevé. Pour cadre de ce récit, la première guerre mondiale a toujours lieu en 1927 et un mystérieux troisième axe vient semer le trouble sur les champs de bataille.

Dans ce tome 2, apparait Isabella la marraine d’Emilien qui semble habitée d’un secret étrange… Pouvez-vous nous parler de ce personnage ?
Ce personnage est l’angle d’approche qui nous a permis de jouer avec l’émotion, faire une pause afin de rythmer le récit et ne pas avoir une simple succession de courses-poursuite. D’autres moments comme la scène dans l’atelier du sculpteur ont permis cela. Mais Isabella est aussi un mystère de plus que les enfants vont tenter d’élucider, à un moment ou un autre… Je n’en dis pas plus.

Ce second volet est l’occasion de découvrir un Paris revisité par le steampunk. Comment avez-vous travaillé sur cette relecture de la capitale avec Silvio ? Y avait-il des aspects de cette ville qu’il était essentiel pour vous de voir ressortir ?Voyage1
Silvio et moi avons déjà revisité Paris dans Néfésis, en mêlant architecture égyptienne et Eiffelienne. Là, il s’agit d’une nouvelle réappropriation en appuyant plus le côté Eiffel cette fois, en multipliant les tours, et de marquer aussi la ville par la guerre avec des défenses, l’armée, etc. Symbole incontournable, la tour Eiffel que nous nous sommes permis de visiter, pour mon plus grand plaisir, parfois moins évidents pour Silvio et Gaspard qui m’ont un peu maudit sur le coup…

D’une manière générale le style de Silvio, marqué par sa touche Disney, donne un petit côté fable initiatique à votre projet. Ce dessinateur s’est-il imposé à vous sur ce projet d’une manière évidente et pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?
Silvio fait partie de ces rares dessinateurs qui, venant d’une école très spécifique, ont magnifiquement réussi à se réinventer un style. Notre rencontre s’est faite sur Gargouilles T2, où, paradoxalement, il devait dessiner comme le premier dessinateur de la série. Ensuite nous avons créé Néfésis, où nous nous sommes vraiment amusés. Silvio est un boulimique: dessin, radio, TV, dessin animé, il est sur tous les fronts avec à chaque fois, l’intelligence de son art. Tout en cherchant à progresser, innover, s’affiner, il ne se trouve pas de freins inutiles et avance. Pour information, il lui faut six mois pour faire un Voyage… C’est donc un plaisir de travailler avec lui car c’est une vraie collaboration, faite d’échanges, dans la joie et dans une grande complicité, avec des moments plus intenses que d’autres, mais toujours pour le meilleur.

Le voyage extraordinaire trace le destin de deux enfants pour autant l’histoire n’est pas forcément tendre, car ils sont coupés de leur parents, ils évoluent en période de guerre et ils découvrent la réalité de la vie au travers de traitrises de leurs concurrents au concours auxquels ils participent. Etait-il important pour vous que cette histoire se tisse au travers de ces aspects scénaristiques ?
Voyage2Pour moi il est indispensable d’offrir un certain réalisme émotionnel dans les récits que j’aborde et encore plus quand il s’agit de récit dits « jeunesses ». L’exemple qui me vient est la croisée des mondes. Les héros qui vivent cette aventure ne sont nullement épargnés et font face à des enjeux psychologiques démesurés. C’est aussi ça la vie et ce qui participe de l’âme d’un récit. Maintenant l’idée n’est pas de plomber la lecture avec trop de noirceur et de trouver le juste dosage. N’ayons pas peur de raconter la vraie vie aux enfants, essayons juste de la leur rendre acceptable, attirante malgré tout.

Jules Verne est souvent utilisé dans les univers steampunk, que représente-t-il pour vous ?
Jusqu’à il y a peu, Jules Verne était pour moi une sorte d’ultra-référence, à la fois incontournable et intangible. Un peu fourre-tout parfois et surtout insaisissable. Pourquoi insaisissable? Parce que, je l’avoue, je n’avais jamais rien lu de lui. Depuis peu, je m’attache à rattraper cette lacune, pistant dans les brocantes et sites de vente, ses titres chez Hetzel m’offrant une occasion d’exprimer le côté collectionneur qui est en moi et de le lire enfin.

Pouvez-vous nous donner quelques pistes sur la suite du voyage ?
Comme vous le savez, le dirigeable transatlantique va mener nos amis aux Etats Unis. Le trajet ne sera pas de tout repos, et le concours peut-être une chimère inaccessible… Le fait est que les lecteurs auront enfin quelques réponses, et encore quelques questions en suspens à la fin de cette première aventure. Une seconde devrait suivre afin de lever un peu plus le voile sur les mystères qui entourent Emilien et Noémie… Rendez-vous en mars prochain pour le tome 03 !