Quai des Bulles approche et comme chaque année, un plaisir à peine dissimulé s’installe dans les chaumières de ceux qui se préparent à s’y rendre. Le festival est devenu mythique et beaucoup le préfèrent au FIBD d’Angoulême par son cadre propice à la rencontre, par la mer qui invite aux voyages lointains et par sa programmation souvent judicieuse qui mêle expositions, rencontres, concerts dessinés, projection de films, masterclass et bien d’autres choses encore. Le ... En savoir plus !
Le mois d’octobre débute et avec lui notre premier Focus Spécial depuis la rentrée de septembre, et non des moindres ! L’équipe de MaXoE se mobilise pour vous proposer un contenu qui sera consacré à la Grèce (Antique) que nous allons aborder comme dans tous nos Focus, par des biais très différents. Les thématiques habituelles que vous connaissez déjà bien sur MaXoE seront au coeur de ce Focus, nous allons ainsi vous parler de jeux vidéo évidemement avec notre ... En savoir plus !
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Livres / BD
Les BD du samedi : Deux femmes de Song Aram (çà et là) et Jheronimus & Bosch de Paul Kirchner (Tanibis)

Le samedi c’est désormais deux albums sur lesquels nous portons notre attention. Deux livres qui font l’actualité, deux conseils de lecture, dans une diversité de genre et de format, pour aiguiser la curiosité de chacun, en complément des trois titres présentés le mercredi !

C’est dans une Corée contemporaine que Deux femmes se joue. Deux jeunes femmes rencontrées par hasard, par échanges d’avis sur le blog de l’une d’elle et qui vont progressivement se rapprocher pour forger une vraie amitié des années durant. Seo Gongju vit de petits jobs qui ne l’épanouissent pas dans une province reculée. Le soir, lorsqu’elle rentre chez elle épuisée, elle s’occupe de sa grand-mère avec qui elle vit, avant de se plonger dans la rédaction d’articles qui racontent sa vie sur un blog plutôt bien suivi par des jeunes de son âge.

Hong-yeon quant à elle vit à Séoul. Dessinatrice elle gagne déjà bien sa vie et ses journées semblent à l’image du personnage, un brin déluré. Elle fait partie des jeunes qui suivent le blog de Seo Gongju. Un jour à la suite de la parution d’un article dans lequel elle évoque son désir de rejoindre Séoul Seo Gongju va entrer en contact rapproché avec Hong-yeon qui va l’aider à distance dans sa recherche d’un appartement dans la capitale. Seo Gongju a décidé de forcer son destin. Elle sait que l’écriture sera sa voie. Arrivée en ville elle va naviguer de stages en emplois pas très stimulants mais dans lesquels elle pourra gagner progressivement en autonomie.

Au travers des deux personnages de ce récit c’est tout un kaléidoscope de la société coréenne qui défile sous nos yeux. Une société dans laquelle la pression des anciens sur les jeunes générations reste très palpable. Une société qui repose sur le regard de l’autre au point de devenir castratrice. Seo Gongju devra se défaire des harangues permanentes de sa mère pour avancer. Hong-yeon quant à elle va tomber enceinte et se marier un peu précipitamment, mettant un terme à sa vie d’avant dans laquelle la liberté l’emportait sur les contraintes. Au travers de ce mariage et de sa vie de femme elle va découvrir tout le poids pesant de sa vie de couple et le jugement permanent de sa belle-famille. Les deux amies vont parfois s’éloigner, pour se retrouver, partager de nouveau. Au travers de leur destinée c’est toute la société coréenne qui se donne à lire dans ses paradoxes, la scission qu’elle opère entre tradition et modernité, entre anciennes et nouvelles générations désireuses de s’épanouir et d’avancer. Un récit en partie autobiographique de la dessinatrice Song Aram d’une finesse remarquable qui pose une analyse pertinente sur une société anesthésiée dans ses principes.  
Song Aram – Deux femmes – çà et là – 2018

 

En cette première moitié du mois de mars 1508, Jhéronimus ne sait pas encore que cette journée qui débute est la dernière pour lui ici-bas. Elle n’avait à vrai dire pas très bien commencée. Réveillé un peu précipitamment par le curé de sa paroisse alors qu’il cuve encore les excès de la veille, le marginal assoiffé se dirige vers la place du village autant pour occuper sa journée que pour guetter les éventuelles bonnes affaires. Et c’est l’une d’elles qui causera sa perte. Alors qu’il s’approche d’un petit théâtre ambulant de marionnettes, Jhéronimus aperçoit un garçon qui promène son canard à roulette à l’aide d’une cordelette. Il se dit très vite dans sa tête qu’un petit vol de l’objet en question pourrait lui rapporter quelques belles pièces à l’échoppe de jouets. Il n’hésite pas très vite à mettre son plan en action. Mais, alors qu’il prend la fuite dans une ruelle descendante, Jhéronimus chute et dévale la chaussée sur plusieurs mètres avant de percuter un mur. Une chute dont on ne se relève pas. Ou tout du moins pas dans ce monde. Rien de surprenant dans ce contexte que de le retrouver à la porte des enfers…

Sous la forme de gags en une page Paul Kirchner nous dévoile dans Jhéronimus & Bosch ce que vit au quotidien son héros déchu. Les démons qui sévissent dans cette lande cartographiée en pages de garde, possèdent pas mal d’imagination pour s’occuper des pensionnaires qui s’accumulent de jour en jour. Notre bon Jhéronimus va vite le découvrir. Le feu et les déjections de diverses origines se font parfois très intrusives tandis que les démons possèdent, par l’habitude et la répétition, pas mal d’imagination pour occuper chacun. Les gags sont muets et se développent le plus souvent en 6 ou 8 cases. C’est suffisant à Paul Kirchner pour faire fonctionner ses gags tout en conservant l’humour décalé qui caractérise son œuvre. Graphiquement le dessinateur rend une copie presque parfaite dans la manière de développer la trame, de poser l’ambiance dans laquelle le choix des couleurs fait mouche et dans cette façon de tourner autour du thème sans jamais tomber dans la redite. Bravo !
Paul Kirchner – Jhéronimus & Bosch – Tanibis – 2018