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Récits lointains, la BD sur les sentiers peu explorés (2ème partie)

Exotisme, richesses colorées des paysages lointains. Le voyage a toujours été source d’évasion, de découverte, de partage. Dans Kililana Song, Benjamin Flao pose son regard sur un village comme tant d’autres sur la côte africaine orientale. Par le regard d’un enfant le dessinateur offre  au lecteur un récit teinté d’émotion où les individus possèdent chacun une petite histoire pour faire grandir celle de ce village en proie aux troubles. Avec Tsunami Pendax et Piatzszek livrent un récit fort sur les recherches effectuées par un jeune français en Asie pour retrouver sa sœur disparue alors qu’elle venait au secours des populations victimes du phénomène destructeur. Enfin note moins sombre et plus zen, le récit de voyage de Rémi Maynègre et Sandrine Garcia au Japon. Les déambulations d’un couple pour son voyage de noces au pays du Soleil Levan. Le tragique se mêle parfois à des bonheurs simples et purs lorsqu’on décide de franchir la petite sphère de notre monde connu…

Tsunami
Kililana SongNaïm n’aime pas l’école, et encore moins l’enseignement coranique. Alors que son frère tente par tous les moyens de le remettre sur le « droit » chemin, lui préfère déambuler dans la ville avec l’idée d’en apprendre plus sur ce qui s’y trame. Au travers de son regard, de sa vision d’enfant, c’est toute l’Afrique qui livre ses joyaux, ses portraits tendres et sincères, un brin naïfs mais hautement justes. Alors qu’il fuit pour la énième fois les invectives de son frère à qui il échappe sans trop de difficulté, il se rapproche du vieil Ali qui transporte dans son embarcation de fortune le corps d’un héros ancestral en la personne de Liongo Fumo dont la sépulture est menacée par un projet immobilier de grand luxe à destination d’occidentaux souhaitant se dépayser dans de futures résidences ultra-surveillées ne laissant pas entrer la misère environnante. Au contact des destins troublés de l’Afrique, Naïm découvrira la vie dans ses moindres méandres, et apprendra certainement à forger son opinion sur le sens à donner à son quotidien.
 
Kililana Song arrive à jouer sur les fameux deux tableaux qui font passer un album de bon à essentiel. Sur le fond, l’histoire, par le biais de ses ramifications permet d’embrasser nombre de problématiques contemporaines au cœur d’un pays africain troublé par des tensions internes et par la présence avilissante de l’ogre occidental. Sur la forme, le traitement graphique, avec son alternance de pleines ou double-pages très travaillées et de dessins plus esquissés tenant du carnet de voyage, avec aussi ses mises en couleurs qui apportent de la fraicheur à un climat que l’on sent lourd, parvient à relever le défi qui était de taille, livrer un propos qui ne tienne pas de la carte postale exotique mais qui se densifie au fil des pages. Nous nous immisçons ainsi avec délice dans les petites histoires de chaque personnage, des pans de vie qui alternent joie, peur, détachement au réel, croyances aussi en un avenir moins terne, plus proche des couleurs qui pullulent avec ravissement dans des paysages encore préservés. Au final affirmer que Kililana song s’impose comme l’un des meilleurs albums de 2013 n’est pas que simple parole, mais bel et bien la constatation du talent criard de Benjamin Flao.
 
 
Benjamin Flao – Kililana Song T2 – Futuropolis – 2013 – 20 euros
 
Tsunami 1Le tsunami de 2004 a laissé des traces dans nos esprits. En partie en raison des dégâts colossaux qu’il a occasionné et des vies reprises par dizaine de milliers, ce qui pourrait être bien suffisant, mais aussi et surtout par la quasi inéluctabilité de l’évènement. Le tsunami fait partie de ces catastrophes imprévisibles qui laisse l’homme sans voix, sans aucun autre réflexe que celui de crier sa défiance en une nature qui lui joue de plus en plus souvent des tours au point de le faire douter du bon ordonnancement du monde. Le tsunami de 2004 aura donc brisé des vies. Directement par les flots de vagues tentaculaires qui se sont abattues en maints points de l’Asie au même moment plongeant des populations pas forcément préparées dans le plus grand chaos, et indirectement par les séquelles invisibles ou presque laissées derrière.
 
Romain Mataresse, jeune homme d’une vingtaine d’années, débarque à Bandah Aceh avec la ferme intention de comprendre ce qui a bien pu arriver à sa sœur, engagée dans les équipes de secours des victimes du tsunami. Elle était médecin, et a disparu un jour sans raison apparente. Depuis le plus grand doute plane sur Romain, qui s’il envisage le pire, espère encore pouvoir, dix ans plus tard, retrouver des indices qui pourraient lui permettre si ce n’est de la retrouver, de comprendre son parcours sur l’île de Sumatra. La police locale qui affirme avoir opéré une enquête digne de ce nom, ne peut que souhaiter bonne chance à Romain dans ses tentatives de recherches assurément veines. Mais bon, le jeune homme n’a pas fait le déplacement pour rien. Si les indices sont maigres, il pense être animé par une volonté tout autre que celles d’autorités débordées de l’époque… Il traversera le pays d’île en île, se fera rouler comme bon nombre de touristes repérés à des kilomètres à la ronde, se défrisera en absorbant toute drogue pouvant lui tomber sous la main, manière de faire honneur aux producteurs locaux, et sera sujet à toute sortes d’hallucinations plus ou moins fantasmagoriques. Mais au bout du chemin, réussira-t-il la quête qu’il était venu accomplir pour la mémoire de sa sœur ainée ?
 
Pendax et Piatzszek forment un duo qui fonctionne à merveille. En raison sûrement de leur vision proche dans le traitement des sujets, qui contournent les évidences pour se pencher sur les à-côtés, ce qui ne se voit pas de prime abord mais qui recèle un fourmillement d’indices, de lectures possible, de potentiels à explorer. Ici l’histoire se veut toute simple, construite autour d’un anti-héros avec ses faiblesses et ses espoirs. Ils arrivent à faire avec de petits riens collés bout-à-bout une histoire qui regorge d’émotions brutes sans tomber dans le larmoyant ou l’apitoiement. A travers cette histoire Piatzszek, qui connait bien cet archipel océanien, livre un récit qui ne se fait jamais trop bavard mais pose avec justesse un regard sur la reconstruction, celle d’un pays ravagé, celle de la mémoire fuyante et celle d’un homme venu chasser ses fantômes. En cela le récit, porté par un Pendax au sommet de son art, précis et suggestif sur chaque plan, mérite une lecture avisée…
 
Pendax et Piatzszek – Tsunami – Futuropolis – 2013 – 20 euros
 
 

Voyage au JaponAprès une étape de choix dans la capitale nippone, Rémi Maynegre et Sandrine Garcia, les deux auteurs de ce récit de voyage, poursuivent leur exploration du pays du Soleil Levant par l’exploration d’un lieu chargé de symbolique, le Koya-san. Site spirituel de première importance, il comporte pas loin de 120 temples bouddhistes datant de douze siècles qui composent un ensemble devenu lieu de pèlerinage majeur pour les Japonais et les touristes avides de plonger dans un univers de quiétude et de zénitude.

Les deux auteurs offrent dans ce riche album leur vision du site en livrant leurs impressions du moment. Plans larges ou serrés, exposition d’une nature luxuriante et préservée, c’est surtout les lieux qui inspirent  les deux auteurs plutôt que les individus croisés au détour d’un chemin escarpé. Ils entendent ainsi faire revivre l’esprit des lieux avec leur ressenti et leur soif de découverte. Pour autant ce périple au Japon, qui n’est autre que le voyage de noces de nos deux auteurs, ne vire jamais au guide touristique comme ils le précisent en préambule. Il s’agit ici de la confrontation de fantasmes à la réalité de terrain. Le lecteur s’immisce donc dans l’intime d’un voyage et aperçoit une autre manière de raconter, exempte de tout un folklore mais aussi d’une rigueur structurelle que l’on peut parfois regretter sur d’autres projets de ce type. Voyage au Japon reste plutôt destiné aux amoureux de ce grand pays, mais les amateurs de beaux livres illustrés – celui-ci dans un superbe format à l’italienne qui met en valeur les panoramiques captés sur le vif – ne resteront pas insensible. Nous attendons donc la suite !

Rémi Maynegre et Sandrine Garcia – Voyage au Japon T2 : Koya-san – Ankama/CFSL Ink – 2013 – 25,90 euros


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