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Réflexion sur la dystopie : les aspects politique, technologique et l’humain

Il y a beaucoup de choses à dire sur la dystopie. Voici quelques éléments de réflexion sur toute l’étendue de cet univers riche et auquel peuvent être attachées de nombreuses thématiques.

Pour parler de dystopie, on pourra faire un historique de la littérature sur le sujet, depuis Orwell, Huxley et Bradbury (y compris leurs adaptations en film, et aussi ‘Bienvenue à Gattaca’) jusqu’à Gibson ( Neuromancien’) et K. Dick (‘Ubik‘ et ‘Le maitre du haut château‘, deux dystopies hallucinantes dont le second a aussi eu droit à son adaptation en série), en passant par des perles moins célèbres : ‘La fille automate’, catégorisé biopunk (pour le côté dystopie quasi post-apocalyptique), mais aussi ‘Les années fastes‘ de Chan Koonchung (qui vient poser, dans une Chine contemporaine où tout le monde est béatement heureux, la question de savoir si le bonheur a un prix, et si on peut lui sacrifier quelque chose).

On pourrait ainsi développer cette approche en quatre époques chronologiques :

Première époque (Huxley, 1984…) : Le politique fait peur, la technologie n’est qu’un moyen pour assouvir son pouvoir. Mais il n’y a pas de doute : c’est l’humain qui fait peur.

Deuxième époque (cyberpunk) : Le politique a échoué, voire même l’idéologie a échoué (pour reprendre l’idée d’un XXIème siècle de l’idéologie qu’on retrouve chez Harari (‘Une brève histoire de l’humanité’) ou dans les ambiances des bouquins de Kundera (‘La plaisanterie’, par exemple, mais c’est un peu hors sujet). Bref, le monde s’est vidé de son sens. En mon sens, c’est l’avènement de la lutte des classes érigée en principe de société (et pas tout à fait du capitalisme, puisque les états sont à la solde des plus riches, et ne sont pas absents du tout). Ici la technologie est un moyen pour y parvenir, mais a aussi une valeur intrinsèque qui en fait l’une des marchandises ou but à obtenir. C’est le cas dans ‘Neuromancien’, classique du genre, mais aussi ‘Ghost in the Shell’.

Troisième époque : La technologie fait peur, car on ne la contrôle pas (avec des films catastrophes et post-apocalyptique comme Matrix). C’est un sujet intéressant, comme une suite logique des deux autres époques, mais rarement exploité ni suffisamment bien pour pouvoir parler de dystopie (avec éventuellement La planète des singes, si on part du principe que le société présentée est un miroir de la nôtre).

Quatrième époque : D’après moi, ce troisième cycle devrait plutôt montrer les balbutiements d’une nouvelle ère de la politique, nourrie par une technologie dont on a finalement perçu que les aspects les plus directement terrifiants (Matrix et l’IA par exemple, ou le post-apocalyptique), alors que les aspects les plus néfastes sont directement issus des travers humains. C’est bien plus terrifiant et cela fait écho à la première époque (on pourrait citer la Chine et son tout nouveau système social à points, sorte de ‘dystopie réelle’, un oxymore).. C’est encore une fois l’homme qui fait peur.

Pour conclure, je dirais qu’il faut lire des dystopies et tous les styles associés sans se dire : « C’est de la science fiction, du post-apocalystique, du cyberpunk, c’est pour les gosses« . C’est saint et utile au fonctionnement d’une société capable de remises en question éthique. Et on verrait peut-être s’approcher des choses bien plus probables qu’un hiver nucléaire ou qu’une attaque de Skynet : des sociétés eugénistes où la mutation génétique est contrôlée, des systèmes politiques basés sur le (auto) contrôle automatisé des moeurs, du populisme assisté par ordinateur (Cambridge Analytica, pour faire dans le réel) avec pourquoi pas un jour des peines juridiques délivrées si jamais l’accusé dépasse un certain nombre de pouces rouges, etc…

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme‘, et Rabelais avait bien compris qu’il vaut mieux aborder la question par son côté le plus populaire, par la fiction plutôt que par son bout intellectuel, car ce sont des questions essentielles que chacun doit saisir (même si j’avoue faire dire à Pantagruel ce qu’il n’a jamais réellement voulu dire).