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Instantané de Cannes : Premier jour et premier film, excellence et déception

Le 70ème Festival de Cannes commence aujourd’hui. Il fait une chaleur absurde de 15 août. Un gigantesque chaos très organisé se met en place autour du Palais des festivals. Les journalistes font leur accréditation, les badauds se placent derrière les barrières pour apercevoir les stars et tout le décor professionnel se met en place pour couvrir la cérémonie d’ouverture qui a lieu dans quelques heures.

Lorsque je retire mon accréditation, je m’amuse toujours à observer le staff improbable qui encadre le festival. Agents de sécurité, hôtesses, ouvreurs de porte etc… Ils sont absolument partout et ont tous la consigne très précise de devoir sourire et être sympa avec les journalistes. Ce qui est parfois drôle à voir de la part d’une organisation « à la française ». Un peu comme si on avait dit aux hôtesses : « Ok, normalement je sais que vous êtes désagréables et c’est normal, mais à Cannes on représente devant le monde entier,  donc essayez d’être un peu sympa avec les gens ».

Une fois mon accréditation retirée, je file rejoindre ma collègue qui a eu la bonne idée de se placer dans la queue pour le film d’ouverture du festival, Les fantômes d’Ismael d’Arnaud Desplechin. Etrangement, la salle est très peu remplie. Ce qui est amusant, c’est que tout le monde parle du film. On interview les acteurs, on fait crépiter les flashs, on jubile sur le nouveau film de Desplechin et tous les écrans sont rivés sur l’équipe du film qui arrive sur le tapis rouge, ce qui est normal.

Mais pourtant la salle une heure avant était à peine remplie. Les journalistes couraient partout pour avoir des infos, mais personne n’avait simplement pensé à éventuellement voir le film. Ce qui est encore plus étonnant, c’est de sortir du palais pour être alpagué par des gens sur leur 31 qui recherchent désespérément des places pour le film, alors qu’on aurait pu accueillir 500 personnes dans la salle de projection…

Quoi qu’il en soit, tant mieux pour les absents, le film était un supplice. Deux heures qui avaient l’air de quatre. Et pourtant, je suis bon public en ce qui concerne les films chiants. Je peux même être très patient quand il s’agit de cinéma. Mais Les fantômes d’Ismael est un mélodrame psychotique confus, qui se donne l’air décousu alors qu’il est simplement laborieux dans tous ses aspects. Mathieu Amalric joue le rôle de Mathieu Amalric -le quarantenaire en pleine crise existentielle-, Charlotte Gainsbourg joue Charlotte Gainsbourg -la sainte nitouche sensuelle et timide qui pète un câble et enlève ses fringues-, Louis Garrel joue Louis Garrel -le jeune homme mystérieux, drôle et intelligent- et Marion Cotillard joue Marion Cotillard -la tête à claques qui fait la gueule en souriant de manière malsaine-.

Maintenant imaginez Amalric, Gainsbourg et Cotillard en trio sulfureux dans une maison de campagne où chacun reproche à l’autre ce qu’il a fait, ou ce qu’il aurait dû faire, ou être ou ne pas être, et de dire ce qu’il aurait du exprimer quand il avait raconté que tout ça était un mensonge, etc… Une suite absurde de dialogues confus et évidemment jouant sur les codes pratiques de la théâtralité et du surjeu insupportable. Deuxième arc narratif, Amalric est en panne d’inspiration et on se retrouve dans un film dans le film, où l’on suit Garrel au Takjistan en tant qu’espion polyglotte. Un peu comme si on plantait les décors et l’ambiance de Polanski avec les personnages de Xavier Dolan, mais que les deux ne s’étaient pas mis d’accord sur le montage et le sens du film. Le nouveau film de Desplechin n’est pas spécialement mauvais, il est juste terriblement indigeste et bordélique dans tous ses aspects, en jouant la carte hypocrite du psychodrame faussement complexe.

Je file sur la nouvelle superbe terrasse des journalistes sur le toit du palais prendre un verre pour oublier tout ça. A quelques mètres on entend le speaker présenter l’équipe du film qui monte les marches pour la cérémonie. Il fait toujours aussi beau, la vue est magnifique, tout est parfaitement organisé.

A suivre.