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Instantané de Cannes : Résumé des derniers jours et clap de fin

Dernière journée à Cannes, le Palais s’était déjà considérablement vidé. Il reste cependant un évènement qui semble intéressant dans la salle Bunuel, au dernier étage. L’évènement courts métrages est une déception complète (je l’avais mentionné dans ce précédent Instantané), autant pour moi que pour la salle pleine à craquer qui s’est vidée peu à peu entre chaque film.

Il faut dire que lorsqu’on visionne certains des courts-métrages, on se dit que le fait qu’il soit « court » soit une bonne chose. Il y a une ambiance particulièrement irritable et prétentieuse qui se dégage de l’ensemble des oeuvres : elles sont toutes faussement engagées, subversives et semi-abstraites. On est dans le pur cliché cannois du réalisateur qui s’emporte en abrutissant le spectateur de tous les codes du cinéma d’auteur austère et chiant…

Seuls deux films ont retenu mon attention : Le plafond de Teppo Araksinen, qui raconte l’histoire d’un homme dont le plafond de sa maison descend d’un mètre sans aucune raison. Il a besoin de parler à un ami de son divorce et peut-être que le plafond remontera et lui permettra de respirer à nouveau. Et Accross my land, de Fiona Godivier, où l’on suit une famille blanche américaine catholique pratiquante vivant près de la frontière mexicaine. Après avoir dit le bénédicité et dîné en famille, le père emmène son fils chasser du migrant illégal. Dommage, le gamin shoote son père dans le dos par erreur. 

Le lendemain, la cérémonie de clôture a lieu dans le Grand Théâtre Lumière. Monica Bellucci ne ressemble plus à rien mais continue de parler comme si elle était la reine du monde et que nous étions tous ses sujets.  Nous ne sommes pas aux Oscars ni aux Césars, pas de place pour le show et les longs discours, tout s’enchaine et l’on remet les prix aux lauréats comme s’il s’agissait de gosses de 12 ans qui venaient récupérer leur médaille de volley-ball. Tant mieux, on est là pour le cinéma, et les cérémonies qui durent quatre heures, ça saoule tout le monde.

Ces dernières années, les palmes d’or avaient été résolument politiques et engageés. La vie d’Adèle sortait en plein mariage pour tous. Deephan en pleine crise des réfugiés et I, Daniel Blake évoquait la précarité et la misère sociale. Le souci, c’est qu’il s’agissait souvent de films rentre-dedans qui abordent un sujet de manière très directe et très émotionnelle. Même si 120 battements par minute (Grand prix, on vous en parle dans cette news) respecte bien ces codes, c’est loin d’être le cas pour Faute d’amour (Prix du jury, voir notre présentation du film) et The Square (Palme d’or, lire notre critique).

Cela est intéressant car le jury a finalement sacré deux films où les protagonistes sont déshumanisés, où l’on ne peut plus compter sur rien ni personne, où chacun est faux, égocentrique et essaye d’être heureux, en vain. Le film russe est très difficile car il vous prend comme témoin de parents qui détestent leur enfant. Mais il vous vide littéralement, il ne vous fait rien ressentir. Idem pour le film Suédois, sur une note plus légère, profondément élitiste, il vient se moquer de l’art contemporain, qui sert finalement de prétexte pour mettre en lumière les aspects les plus vils de notre société. Ce qui est encore plus dur à supporter, c’est que les deux films nous montrent des personnages que nous devrions mépriser mais que nous n’arrivons pas à détester. On les excuse car on les comprend, car ils nous ressemblent. Et c’est sans aucun doute cet aspect dissimulé et indirect qui est encore plus violent qu’un film frontal et démonstratif.

Cette année, le jury a donc bien été fidèle à un palmarès de films profondément engagés certes, mais sûrement de manière bien plus subtile que les années précédentes. 

Ce fut un plaisir de partager cette couverture du Festival de Cannes, notamment avec Julie. A l’année prochaine !