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Dystopie et Cyberpunk : Retour sur Ghost in the Shell et Blade Runner
Quand la technologie prend le pas sur tout le reste

Le cyberpunk est un genre qui s’est souvent nourri d’univers dystopiques (comme l’explique Quentin dans sa Réflexion sur la dystopie). Parmi eux ? Ceux de Ghost in the Shell et Blade Runner.

Ghost in the Shell

A l’origine de cet univers se trouve un manga, celui de Shirow Masamune sur lequel tof était revenu il y a quelques temps déjà. Mais ce qui a surtout permis à Ghost in the Shell d’entrer dans la culture populaire est l’adaptation de cette oeuvre en deux films d’animation. 

Comme nous l’évoquions dans ce dossier écrit à quatre mains et consacré aux deux animes, c’est en 1995 que le manga de Shirow Masamune est porté à l’écran pour la première fois par Mamoru Oshii. Reprenant l’univers de l’œuvre de Shirow, l’adaptation d’Oshii se concentre sur le personnage de Motoko Kusanagi dite « Le Major », un cyborg appartenant à la section 9, une unité d’élite anti-terroriste. Prenant place dans un Japon futuriste cyberpunk en 2029, Ghost in the Shell relate la traque par Le Major et la section 9 d’un cybercriminel connu sous le nom de « Puppet Master », capable de pirater les esprits humains comme les machines via les réseaux informatiques.

En 2004, on retrouve « Le Major » sous une forme différente dans Ghost in the Shell 2 : Innocence, puisqu’elle a quitté son enveloppe charnelle pour disparaître dans les réseaux informatiques.

S’inspirant bien évidemment du manga original et originel, ces deux films d’animation sont toutefois une oeuvre à part entière, tant leur réalisateur s’est éloigné de l’histoire de base pour proposer un angle d’attaque différent du phénomène technologique, mais aussi et surtout pour développer une vision philosophique inédite. Une philosophie qui se plonge dans les méandres des âmes et nous fait nous interroger sur notre pourquoi, sur ce qui nous définit ou non en tant qu’être humain.

Pour celles et ceux souhaitant en savoir encore davantage sur l’univers créé par Shirow Masamune, il existe encore d’autres supports sur lesquels retrouver Ghost in the Shell. Tout d’abord un support dédié aux oreilles, avec les différentes BO accompagnant les animes (oui oui, c’est un peu capillotracté mais c’est un prétexte à faire référence à La Playlist de tof). Mais également quelques jeux vidéos évoqués ici.

Côté petit écran, les deux volumes de Ghost In The Shell Arise reviennent sur les origines de la section 9. S’ensuivent deux séries et un anime – Ghost In The Shell Stand Alone ComplexGhost In The Shell Stand Alone Complex 2nd Gig et Ghost In The Shell Stand Alone Complex Solid State Society – tous trois centrés sur le parcours du Major au sein de la section 9 avant sa rencontre avec le Puppet Master et les événements relatés par les deux films de Mamoru Oshii.

L’adaptation la plus récente de cet univers dystopique et cyberpunk concerne cette fois-ci le cinéma puisque Ghost in the Shell a fait l’objet d’un film live sorti au printemps 2017. Plus lisse, moins complexe que son faux jumeau d’animation, cette version est intéressante dans l’hommage rendu à l’oeuvre de Mamoru Oshii.

Comme un écho au film d’animation dorénavant culte de Mamoru Oshii, la version live de Ghost In The Shell débute par un générique montrant la transformation de Motoko Kusanagi en cyborg. Plan par plan, le film live reprend – parmi d’autres – cette séquence. De l’anime de 1995, le film de 2017 reprend également l’ambiance. Avec une action ni trop, ni trop peu présente et laissant le champ libre à une certaine lenteur, il s’inspire de son style contemplatif. Mais sans toutefois l’égaler. Ce que l’on peut regretter, c’est l’absence d’une certaine profondeur dans le propos. Exit les réflexions philosophiques des animes, ici on effleure seulement les choses. Quid des questions existentielles sur le ghost ? C’est ce manque de réflexion philosophique que nous avions regretté dans ce double avis, et qui fait pourtant l’essence même de Ghost in the Shell.

Ghost in the Shell, réalisé par Rupert Sanders. Avec Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Michael Pitt, Takeshi Kitano, Juliette Binoche, … (Sorti en France le 29 mars 2017).

 

Blade Runner

Autre univers alliant dystopie et cyberpunk, celui de Blade Runner. Très librement adapté de l’oeuvre de Philip K. Dick – Les androïdes rêvent-ils de moutons électriquesBlade Runner est d’abord et avant tout un film réalisé par Ridley Scott. Sorti en 1982, ce chef-d’oeuvre de la S-F (à qui nous avions consacré une critique à quatre mains) figure aujourd’hui au Panthéon des films cultes.

Partant d’un scénario finalement assez simple (une révolte de réplicants qui mène à leur traque afin de les « retirer »), le film de Ridley Scott est d’une grande profondeur dans sa réflexion sur l’humanité. L’histoire en devient presque secondaire, laissant place à une philosophie s’interrogeant sur ce qui définit l’être humain : la présence de souvenirs, de sentiments, d’empathie. Ça ne vous rappelle rien ? Ghost in the ShellWestworld (et bien d’autres encore) ont évidemment été influencés par Blade Runner dans les thématiques soulevées. Il s’agit en tout cas d’un incontournable de l’anticipation. Et qui nous livre un univers ne pouvant laisser indifférent.

Blade Runner, réalisé par Ridley Scott. Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Daryl Hannah, … (Sorti en France le 15 septembre 1982).

Trente-cinq ans après (et trente ans dans la temporalité des films), voilà que Denis Villeneuve accepte de relever le pari fou d’offrir une suite à ce film cultissime avec Blade Runner 2049. Et les choses sont faites dans les règles de l’art puisque trois courts métrages (présentés et visibles en intégralité ici) sont proposés afin de faire le lien entre les intrigues des deux longs.

Cette suite réalisée par Denis Villeneuve (qui au passage fait partie de la Sélection Cinéma – Catégorie Fantastique / S-F du MaXoE Festival) est une suite comme en voit rarement. En tout cas de notre point de vue.

Dès les premières secondes, une sensation familière. Celle du Blade Runner de 1982. La même atmosphère pluvieuse, lugubre et irrespirable. Les mêmes buildings aux lumières artificielles. La même misère grouillant dans les rues de la mégalopole sinistrée. L’héritage de Ridley Scott est bien là. Tout comme la société cyberpunk qu’il dépeignait, à la différence qu’elle s’est encore modernisée. De même, on retrouve dans le film de Denis Villeneuve la même philosophie, la même réflexion sur ce qui constitue l’humanité d’un être. Mais à un degré supérieur. La notion de transhumanisme – déjà bien développée dans le premier film – est ici poussée à l’extrême et couplée à des questions touchant à l’altérité, notamment à son acceptation.

Blade Runner 2049, réalisé par Denis Villeneuve. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Robin Wright, … (Sorti en France le 4 octobre 2017).

Pour prolonger un peu le plaisir auditif autour de cet univers cyberpunk, sachez que tof avait proposé une Playlist spécialement dédiée aux BO des deux films. Et pour les jusqu’au-boutistes, il existe même des jeux vidéos (présentés ici) consacrés à cette dystopie.