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Cinéma / DVD
Films en Vrac : A Beautiful Day (Lynne Ramsay), Le Musée des Merveilles (Todd Haynes) & The Square (Ruben Östlund)
Film noir, joli conte et satire sociale

Deux films. Deux sélections cannoises. Deux sujets aux antipodes. Si Le Musée des Merveilles assume son rôle de joli conte pour petits et grands, A Beautiful Day – malgré son titre – n’est clairement pas un film pour enfants. Le premier est reparti bredouille de la Croisette. Le second a décroché le Prix du Scénario et a permis à son interprète principal de remporter le Prix d’Interprétation Masculine. Et pour rester encore un peu à Cannes, terminons par un petit tour du côté de la Palme d’Or sortie il y a un mois et toujours sur certains écrans noirs.

 

Sortis ce mois

A Beautiful Day, réalisé par Lynne Ramsay

4

Joe est un être introverti et torturé. Par son enfance traumatisante, ses souvenirs étouffants et son vécu terrible. Vétéran de guerre, il n’arrive à évacuer son mal-être qu’en déchaînant sa violence.

Devenu tueur à gages, il enchaîne les contrats. Jusqu’à ce que la fille d’un sénateur disparaisse. Il est chargé de la retrouver. Et surtout de faire brutalement souffrir ceux qui l’ont enlevé.

Dire d’A Beautiful Day qu’il s’agit du « Taxi Driver du XXIe siècle » est un peu facile et surtout extrêmement réducteur pour ces deux films. Car si le chef d’œuvre de Martin Scorsese boxe clairement hors catégorie, le film de Lynne Ramsay, qui n’a rien – ou si peu – de Taxi Driver, n’a surtout rien à lui envier. Et le cantonner à cette simple comparaison est assez triste tant leurs mises en scène respectives sont diamétralement opposées.

Grâce à un rythme volontairement lent, assumé de bout en bout dans sa réalisation, et à l’utilisation constante du hors-champ à chaque acte de violence, Lynne Ramsay prouve qu’un film peut être agressif sans pour autant tout montrer de manière frontale et avec frénésie. L’ultra-violence de son personnage principal n’en est que plus intense. Un personnage qui intériorise tout et qui n’arrive à se soulager ponctuellement de ses démons qu’en se déchaînant physiquement. Malgré ses pulsions de fureur, cet être est si torturé, si éprouvé, que l’on finit paradoxalement par s’y attacher. Et c’est sans doute là toute la prouesse de Joaquin Phoenix qui n’a pas volé son prix.

A Beautiful Day, réalisé par Lynne Ramsay. Avec  Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, John Doman, … Sorti en salles le 8 novembre 2017.

 

Le Musée des Merveilles, réalisé par Todd Haynes

3

1977, Minnesota. Ben vit chez sa tante depuis le décès de sa mère. Son père ? Il n’en a aucun souvenir et sa mère a toujours refusé de lui parler de lui. Un jour qu’il fouille dans les affaires de son ancienne maison, il tombe sur un vieux livre édité par le Musée d’Histoires Naturelles de New-York. A l’intérieur, un mot adressé à sa mère, signé « Danny ». Un orage violent survient, et la foudre tombe sur la maison. Ben est frappé, est conduit aux urgences, et se rend compte qu’il vient de perdre l’audition. Il voit la gare par la fenêtre de sa chambre d’hôpital, et décide de s’enfuir, direction New-York afin de retrouver ce mystérieux Danny. Dont il espère être le fils.

1927, New-Jersey. A l’aube du cinéma parlant, Rose, sourde depuis l’enfance et vivant avec un père peu aimant se réfugie dans le cinéma muet. Et plus précisément celui de l’actrice Lillian Mayhew, qu’elle idolâtre. En lisant le journal, Rose apprend que l’actrice sera bientôt sur les planches, à New-York. Elle décide de fuguer pour aller la voir.

A cinquante ans d’écart, deux destins qui se croisent. Ceux de deux jeunes enfants, fugueurs, en quête d’étoiles. Et qui sont atteints du même handicap. Voilà le sujet du conte qu’adapte Todd Haynes (dont la critique complète est ici) Un joli conte (tiré du roman de Brian Selznick, l’auteur de Hugo Cabret), avec quelques magnifiques moments de grâce. Mais un conte pour enfants. Et là où Martin Scorsese avait réussi un coup de maître (en adaptant Hugo Cabret justement), mêlant à la fois le conte pour enfants et l’hommage au cinéma, proposant ainsi plusieurs niveaux de lecture à son film, Todd Haynes n’offre que l’histoire d’enfants. Une histoire épique, entre parties de cache cache et courses-poursuites dans les rues, les quartiers et les musées de New-York. Mais qui reste très (trop) gentille. N’est pas Scorsese qui veut…

Mais Si Todd Haynes et Brian Selznick loupent un peu le coche question scénario, en ne lui donnant pas assez de hauteur, le cinéaste se rattrape largement niveau mise en scène, passant des années 20 aux années 70 avec une fluidité surprenante et restituant les époques avec une précision extrême.

Le Musée des Merveilles, réalisé par Todd Haynes. Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams, … Sorti en salles le 15 novembre 2017.

 

Encore en salles

The Square, réalisé par Ruben Östlund

5

« The Square est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. A l’intérieur, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs ». Une installation d’art contemporain dont la vocation est le vivre ensemble. Telle est l’ambition de Christian, conservateur du musée X-Royal de Stockholm, convaincu que la bienveillance doit être la pierre angulaire de la vie de chacun. Jusqu’à ce qu’il se fasse dérober portefeuille et téléphone en tentant d’aider une femme se faisant agresser dans la rue. L’agression est évidemment une mise en scène et les toutes les belles croyances de Christian volent en éclats lorsqu’il décide de confronter ceux qui l’ont dépouillé. Traçage du téléphone, lettres de menaces, … Tout est bon pour récupérer son bien. Et cette situation l’occupe à un point tel qu’il en devient négligent dans son travail. Avant que tout ne vire au désastre.

Une interview. Celle d’un conservateur de musée d’art contemporain suédois (Claes Bang, assez exceptionnel) par une journaliste américaine (Elisabeth Moss). Telles sont les premières minutes du film qui donnent immédiatement le ton. Une interview dont l’échange tourne à l’absurde lorsque la journaliste demande au conservateur de s’expliquer sur une obscure phrase qu’il a prononcé concernant la dernière exposition du musée. Phrase révélatrice de la masturbation intellectuelle qui entoure aujourd’hui le monde de l’art. La scène dure, encore et encore, faisant monter l’hilarité à chaque nouvel échange. Et le spectateur n’aura plus jamais de répit deux heures et demi durant tant l’exercice de style (dont la critique est ici en intégralité) est puissant.

Grâce à sa mise en scène d’une implacable et d’une impeccable maîtrise, Ruben Östlund joue avec le spectateur autant qu’avec la caméra, alternant plans-séquences et hors-champs à l’envi, préférant se concentrer sur les réactions plutôt que sur l’action de ses protagonistes. Et chaque nouvelle scène est un moment de cinéma virtuose, un tour de force qui expose (tel un musée d’art contemporain) la frontière ténue entre civilisation et sauvagerie. La satire sociale frappe fort, et elle frappe juste.

The Square, réalisé par Ruben Östlund. Avec Claes Bang, Dominic West, Elisabeth Moss, Terry Notary, … Sorti en salles le 18 octobre 2017.