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La BD du jour : Et il foula la terre avec légèreté de Ramadier et Bonneau (Futuropolis)

Pour son travail un jeune homme doit se rendre dans le nord de la Norvège. Confronté au regard des habitants, il va peu à peu ouvrir son regard sur la nature et remettre en question certains de ses principes de vie. Un album pour nous sensibiliser au courant de pensée du philosophe Arne Næss…

Il est jeune et peut-être encore pas totalement formaté à l’esprit de réussite professionnelle. Expert scientifique en charge d’étudier pour une grande multinationale pétrolière la faisabilité d’une implantation en mer du nord, au large d’une Norvège si riche en ressources fossiles, Ethan décide de débuter son job par un premier séjour « d’acclimatation » qui lui permettra de se familiariser avec le contexte. Plus il s’enfonce vers sa destination finale, les îles Lofoten, au nord du pays, plus ce qui le relie au confort et à la technologie moderne s’efface pour laisser enfin entrevoir les richesses et la beauté d’une terre préservée, sauvage et changeante. Arrivé à Henningsvaer, plutôt que de finir sa course dans le Best Western local, il loue une cabane de pécheur reconvertie en chambre d’hôtes.

Posé, il part à la découverte de son environnement immédiat et tisse, au hasard de ses déambulations, des liens avec des résidents qui vont sculpter sa vision des terres sur lesquelles les premières études du projet de forage commencent à sortir. La préservation de la nature, d’un mode de vie qui noue des rapports très forts avec son environnement immédiat peut-il s’accompagner de progrès social ? Traumatisés par l’accident de la plateforme Alexander L. Kielland qui se renversa en 1980 en mer du nord suite à la rupture d’un de ses piliers de soutien, causant 123 victimes sur les quelques 212 qui y travaillaient régulièrement, une partie des Norvégiens restent sceptiques quant aux retombées directes des forages et de leurs impacts sur la vie économique des régions non-urbanisées et sur une nature si fragile et si difficile à préserver. Loin de sa vie parisienne, Ethan succombera-t-il aux appels de la nature ?

Après s’être plongés dans l’œuvre d’Arne Næss, philosophe norvégien fondateur du courant de l’écologie profonde, qui prône un autre rapport de l’homme à la nature, la scénariste Mathilde Ramadier et le dessinateur Laurent Bonneau ont décidé de s’immerger en Norvège en 2015 aux Iles Lofoten pour comprendre les problématiques liées aux énergies fossiles et à la préservation de la nature. Plutôt que de livrer un album qui aurait pu prendre la forme d’une biographie du philosophe, les deux auteurs construisent leur récit à partir d’un jeune homme au regard encore relativement frais pour se questionner sur une nature fragile, sujette et sensible aux dérèglements climatiques causés par l’industrie et le mode de vie occidental. Ethan apprend de chacun des hommes et des femmes qu’il rencontre dans son voyage. Il reconnait lui-même que « Ce sont des réponses à beaucoup de questions que je suis venu chercher dans ce voyage », exprimant non pas la vision de la société qui l’emploie mais sa propre vision des choses prête à changer en fonction de ce que pourront lui apporter le regard des habitants du Lofoten.

Sur la forme cela donne un récit qui alterne les rencontres du jeune Ethan avec des pages plus contemplatives, d’observation de cette nature encore préservée. Une nature que le jeune héros veut découvrir de l’intérieur en faisant corps avec elle, en la parcourant avec humilité et cette envie constante de la comprendre. Sur le fond, le traitement du sujet par cette confrontation entre Ethan et les personnes qu’il rencontre permet de s’interroger sur le rapport de l’homme à cette nature, aux coutumes, à la mythologie des lieux, aux repères aussi qui sont autant d’alertes sur les dérives de vie d’un Occident coupé du rapport premier à l’environnement qui l’entoure, devenu simple support à l’expression de ses (parfois) égoïstes désirs. Les dessins de Laurent Bonneau, portent en eux un détachement nécessaire, une « pause » qui permet d’inverser le rapport entre l’homme et son environnement. Le dessinateur offre aussi, aux travers des paysages sauvages parcourus et notamment les aurore boréales qui tapissent le ciel de couleurs improbables, des pages d’une rare beauté intrinsèque. Un album pas du tout didactique qui ne peut que nous sensibiliser à la philosophie d’Arne Næss, présentée dans le petit cahier final.

Mathilde Ramadier et Laurent Bonneau – Et il foula la terre avec légèreté – Futuropolis