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Le vin et la vigne : les saveurs et les goûts qui titillent nos papilles (3ème volet)

Le vin a traversé l’histoire. Considéré au moyen-âge comme simple aliment, il est devenu au fil des âges, source de plaisir et accompagnement parfait de nos repas. Que l’on soit connaisseur ou non ce plaisir se vit de la même façon avec cette idée force de partage. Car le vin se boit rarement seul, il incite à la réunion. Quoi de mieux que de partager un flacon conservé avec attention de longues années durant ? Etienne Davodeau, dans son dernier album, Les ignorants (Futuropolis), nous conte l’histoire d’une rencontre et d’une amitié entre un vigneron et un auteur de BD. L’initiation croisée à la pratique de l’autre donne lieu à un album riche qui émeut par sa simplicité et par sa maitrise du temps. Benoît Simmat et Philippe Bercovivi quant à eux décortiquent pour nous les notions et le vocabulaire du vin pour notre initiation mais aussi pour nous permettre de l’apprécier mieux encore. Cette idée est également à la base de l’ouvrage de Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde, Saveurs complices. Enfin le petit ouvrage Festins & Ripailles, s’il ne parle pas uniquement de vin, nous invite à une redécouverte des goûts et des saveurs du XVIIIème siècle. Autant d’ouvrages qui nous ouvrent les chemins des plaisirs de bouche…  Donc essentiels !

Petit ouvrage assez tape à l’œil avec son titre inscrit en gros caractères sur la couverture, Dico Vino se veut être un petit guide Encyclopé…thylique du vin ! Beau programme s’il en est et surtout grand moment d’humour en perspective. L’ouvrage se divise en plusieurs sections, le Manuel du bien-boire (à la française), le Dictionnaire du parler-vin et enfin le Précis de soûlographie. Le tout offre un panorama assez large des valeurs, considérations, idées reçues et perspectives attachées au breuvage qui a traversé les époques.
Le Manuel du bien-boire vous donnera des conseils pour bien choisir son vigneron (et donc son vin !), transporter et stocker ses précieux flacons dans les meilleures conditions, et déguster comme il se doit… Il vous apportera aussi de précieuses indications pour accorder vos bouteilles à un met particulier et bien le servir. En d’autres termes la lecture de cette première section sera l’occasion pour l’amateur ou le néophyte, d’approfondir ses connaissances et éviter le mauvais goût ou les erreurs grossières. Car si le vin semble facile à boire, il est plus difficile à apprécier – à sa juste valeur – dans les meilleures conditions !
La partie Dictionnaire lève le voile sur des notions que l’on a souvent entendues mais dont la définition exacte nous échappe parfois. Ainsi l’assemblage, le classement de 1855, la micro-oxygénation, Robert Parker, la procyanidine n’auront plus de secrets pour vous et vous permettront de briller en société.
La dernière partie, Précis de soûlographie, recense quelques-unes des conditions et contextes qui facilitent l’ivresse et vous donne les moyens d’atténuer leurs effets. Car si boire rend vite euphorique l’abus de vin peut causer aussi de véritables dangers sur l’organisme et sur la réputation de celui qui en abuse…
Benoît Simmat maîtrise son sujet. Son approche, qui se veut pédagogue, est bourrée d’humour. Elle ouvre le sujet et apporte à chacun d’entre nous le minimum de connaissances pour parler vin, un univers qui nous est souvent méconnu car en pleine mutation. Les dessins de Philippe Bercovici sont dans la lignée des textes de Benoît Simmat et prolongent notre plaisir de lecture… Un plaisir qui se renforce au fil des pages. Une réussite !

Benoît Simmat & Philippe Bercovici – Dico Vino, Guide encyclopéthylique du vin – 12 bis – 2011 – 12 euros

 

Les éditions Au Chêne  proposent avec Festins & Ripailles un petit ouvrage dans le plus pur esprit du XVIIIème siècle. Ce recueil de textes d’almanachs, de dictionnaires d’époque et d’auteurs connus pour leur penchant affirmé pour la bonne chère, Casanova, Brillat-Savarin… regorge de véritables pépites littéraires. Les récits issus de l’Histoire de ma vie de Casanova dans lesquels l’auteur sulfureux nous fait revivre ses soirées de débauches avec quelques demoiselles, le tout pimenté de dégustation d’huîtres et de punch pose l’ambiance : J’ai fait porter des citrons, une bouteille de rhum, du sucre, une grande jatte et de l’eau chaude, et, après avoir fait mettre sur la table les autres cinquante huîtres, j’ai renvoyé le valet, j’ai fait un grand punch que j’ai animé en versant une bouteille de Champagne. Après avoir avalé cinq ou six huîtres et bu du punch qui fit faire des hauts cris aux deux filles, car elles se trouvaient excédées par les charmes de cette boisson, je me suis avisé de prier Emilie de me mettre dans la bouche avec ses propres lèvres une huître. Nous trouvons dans Festins & Ripailles l’étymologie de mots passés à travers les âges, comme Cabaret ou Guinguette, des lieux où l’on boit du vin de qualité inégale. Le XVIIIème siècle fut siècle de plaisirs. Il fut aussi celui où l’on osa défier les bonnes mœurs. Cette façon de mêler plaisir, vin et nourriture nous est parvenue. Elle participe à assoir la spécificité française en matière gastronomique. Festins & Ripailles offre donc un témoignage essentiel sur une époque teintée d’exigence, de conjugaison de saveurs, de recherches culinaires et d’une aversion pour le lisse et le fade. Un beau programme qui nous est offert par un ouvrage de poche de grande qualité, tant sur le fond que sur ma forme. A consulter sans modération pour mettre en appétit…

Maguy Ly et Nicole Masson – Festins & Ripailles – Au Chêne éditeur – 2011 – 15 euros

 

Il est de notoriété publique que les français aiment la gastronomie. Qui dit gastronomie dit souvent accord met/vin car de cette association peut naître un véritable enchantement du palais. La force d’une combinaison réussie permet de révéler le produit, et laisse entrevoir les possibilités de passer entre amis un moment agréable où la convivialité et le partage sont les maîtres mots.  Il est rare que nos connaissances en matière d’accords soient infinies et nous nous en remettons aux conseils souvent très avisés de notre caviste. L’idéal serait de pouvoir faire appel à lui à chaque occasion mais ce n’est pas toujours possible. Il vaut donc mieux être armé – avoir un socle de connaissances minimales – pour éviter de sombrer dans des erreurs grossières qui gâcheront le plaisir de nos convives. Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde en 1992, propose, avec Saveurs complices, de nous initier aux secrets des bons accords. Très pédagogique, l’intérêt de ce petit ouvrage se révèle dès l’introduction. L’auteur y explique avec force de conviction que l’accord parfait et unique n’existe pas mais que plusieurs pistes peuvent être creusées pour arriver à stimuler et ravir nos papilles. Son livre se construit autour d’une soixantaine de propositions de mariages harmonieux entre plats et vins (on y trouve même un accord bière/met !). Pour chaque proposition, Philippe Faure-Brac développe ce qui représente pour lui l’accord idéal ou principal, mais ne se contente pas d’une seule proposition. Il donne pour chaque plat une série de crus envisageables et a contrario pour chaque cru présenté propose d’autres plats qui pourraient se combiner parfaitement avec le vin sélectionné. Un plus indéniable ! Cerise sur le gâteau, les recettes des plats proposés sont compilées en fin d’ouvrage et font de ce Saveurs complices un incontournable.

Philippe Faure-Brac – Saveurs complices – Editions du Chêne – 2010 – 19, 90 euros

 

La vigne et la bande dessinée n’ont pas ou peu tissé de liens depuis que 9ème art s’attache à décrire le monde qui l’entoure. Quelques séries existent ou évoquent en substance le monde du vin, mais, jamais avant Les ignorants, cette réunion des deux pratiques n’avait autant montré toute sa pertinence. L’amitié et le respect qui attachent les deux personnages de ce livre sont sans conteste des ingrédients majeurs dans la mise en ambiance réussie de cet album. Mais en dépit de cette évidence, il ressort des pages que l’on tourne une véritable humanité, l’envie de décrire un travail, une pratique avec le respect qui lui est dû. Cette récurrence affirmée pour le partage et l’ouverture aux personnes sensibles qui possèdent la même philosophie de vie s’inscrit comme le fil conducteur des Ignorants. Etienne Davodeau est dessinateur, nous connaissons son attachement au terroir qu’il a décrit dans de précédents albums. Nous connaissons moins Richard Leroy, vigneron indépendant, radical dans sa pratique. Une pratique qui, de toute évidence pour lui, s’oriente avant tout vers le  respect de sa terre. Deux hommes, deux parcours sinueux qui vont se lier un an durant pour permettre à cet album de voir le jour. La proposition de départ est limpide : le dessinateur ignore tout (ou presque) du vin et le vigneron ne connait même pas les classiques de la BD ! Beaucoup à apprendre l’un de l’autre et beaucoup à offrir aussi. Etienne Davodeau a sillonné les routes pour rencontrer des vignerons, percevoir leur façon d’envisager le travail de la vigne – la biodynamie s’est imposée à Richard Leroy il y a un certain temps déjà – et de prendre les risques nécessaires pour magnifier les quelques hectares de terres sur lesquels ils portent toute leur attention. Richard Leroy quant à lui a été guidé dans l’univers abyssal de la bande dessinée. Lui qui ne possédait pas de références, de pré-acquis a pu porter un regard neuf, exempt de tout déterminisme, pour affirmer ses penchants pour tel ou tel auteur : Jean-Pierre Gibrat, Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert… C’est dans la présentation de ces moments de vies, de ces rencontres, que se noue, au fil des pages, le lien tangible avec le lecteur. Le livre tisse progressivement sa toile, il capte sans artifice notre attention, il nous ouvre aussi à un univers où le temps chronophage de nos sociétés montées sur ressorts n’a pas ou peu de prise. Au fil des deux cent soixante-dix pages que dure Les ignorants nous nous immisçons dans les moments de vie vécus par les deux hommes. Si le livre est épais, aucune page ne semble inutile. Cet échafaudage construit par Etienne Davodeau ne plie pas au vent il embrasse simplement les desseins esquissés au tout début de l’aventure : « tu es ignorant dans mon domaine et moi dans le tiens, découvrons-nous, offrons-nous les moyens de mieux nous comprendre ».  Pleinement humaine cette aventure d’un an à travers les coteaux d’Anjou (et bien au-delà) nous rassemble est en cela cet album s’impose comme l’une des plus belles réussites de 2011. Un grand cru à lire un soir d’hiver accompagné d’un flacon des Noëls de Montbenault savoureux à souhait. Un plaisir décuplé qui n’est pas réservé qu’aux autres !

Etienne Davodeau – Les ignorants, récit d’une initiation croisée – Futuropolis – 2011 – 24,50 euros

  

Interview d’Etienne Davodeau

Quand et comment a germé l’idée de travailler sur cet album ?
Il y a tout d’abord eu la rencontre avec Richard Leroy. En parlant avec lui je pressentais qu’il y avait un personnage intéressant pour un livre. La façon de parler de sa vie, de son travail et de son vin m’a beaucoup intéressé. Il y avait là une histoire possible. Le seul souci qui se présentait à moi venait du fait que j’avais déjà écrit un album qui abordait un peu la même thématique, un livre dans lequel je parlais du milieu agricole. Ça m’ennuyait un peu de faire un livre sur le même principe. Et puis j’ai découvert qu’aussi pointu qu’il pouvait être dans son domaine, il ne connaissait rien au mien. C’est de cette façon qu’est née l’idée d’une initiation croisée, comme l’annonce le sous-titre du livre.

Tu partais un peu à l’aveugle en réalisant ce projet puisque dès le départ tu ignorais beaucoup des aspects que tu allais ensuite mettre en forme et en dessin dans l’album. Comment as-tu travaillé concrètement sur ce projet ? Notamment dans sa construction ?
Je partais absolument à l’aveugle. Quand j’ai proposé l’idée à mes éditeurs chez Futuropolis, je leur ai expliqué le principe de l’ouvrage. Je leur ai dit également qu’ils ne pourraient avoir rien d’autre avant quelque temps, ni scénario, ni synopsis, ni story-board, car ce projet était totalement improvisé, ce projet se construisait en temps réel. Ce principe m’intéressait beaucoup car l’improvisation est quelque chose vers lequel j’aimerais me diriger de plus en plus. Les éditions Futuropolis ont très vite accepté l’idée de ce livre, de partir eux aussi à l’aveugle. Le projet pouvait donc commencer. J’ai fermé mon atelier pour un temps et j’ai rejoint Richard sur le terrain pendant quelques semaines. J’ai essayé d’être le plus attentif possible à ce qu’il me racontait et j’ai progressivement commencé à dessiner ce que j’étais en train de vivre. Il faut noter cependant que le livre n’est pas dessiné strictement d’un point de vue chronologique. J’ai intercalé des rencontres pour les placer au moment qui me semblait le plus judicieux pour le rythme du livre. La matière est arrivée un peu comme ça sans aucune préparation préalable, je ne savais pas quels seraient les chapitres… Je savais juste que nous lirions beaucoup de livres et que nous gouterions beaucoup de vins !

Cet album présente, au-delà des aspects propres à la BD et à la vigne, une vraie amitié qui se développe au fil des pages, des rencontres aussi. Est-ce cela qu’il faut retenir en premier ?
Je connais Richard depuis quelque temps. Et c’est justement pour cela que j’ai pu envisager de réaliser ce projet avec lui, d’imposer aussi ma présence car il a dû consacrer pas mal de temps à cette expérience. Mais c’est vrai que le fait que tout cela se soit déroulé de façon assez harmonieuse, que nos erreurs, nos désaccords aient alimentés le scénario plutôt que de le desservir a été important pour la réalisation du projet. Les rencontres chaleureuses que nous avons faites avec les vignerons et les auteurs que j’ai placé dans le livre sont essentielles elles-aussi. Donc oui ce qui est important ici, ce qu’il faut retenir en premier ce sont les rencontres avec des gens qui sont pleinement dans leur projet. Des personnes qui, dans leur métier, leur pratique, sont un peu marginales, extrêmes, mais en tout cas cohérentes. Ce sont des gens qui sont investis totalement, avec tous les risques que cela comporte.

Le regard de Richard sur l’univers de la BD, avec ses appréciations et sa franchise, sa vision de néophyte et non pas de professionnel a-t-il était pour toi un moyen de réfléchir sur ta propre pratique ?  As-tu appris de ces échanges et points de vue (pas toujours tendre envers certains auteurs) partagés avec Richard ?
Oui le fait de devoir expliquer en détail des choses qui sont pour nous acquises, le fait de devoir les décomposer pour les rendre accessibles à quelqu’un qui n’y connaît rien, nous oblige incontestablement à poser un regard neuf sur notre propre pratique. Cela a un effet rafraîchissant pour notre propre travail. Il se passe toujours des choses intéressantes. Par exemple lorsque j’amène Richard Leroy voir l’exposition Moebius et qu’il n’apprécie pas du tout – alors que pour beaucoup d’entre nous ce dessinateur et quelqu’un de majeur dans le monde de la bande dessinée, quelqu’un qui laissera une trace dans l’histoire – cela nous pousse à nous interroger sur notre propre regard.

Personnellement quel était ton niveau de connaissance de la vigne et du vin et que retiens-tu principalement de ton travail sur le terrain avec Richard comme guide ?
Vivant dans le même village que Richard et étant entouré de nombreux vignerons, j’avais un regard moins néophyte que celui de Richard sur la BD. Cependant mes connaissances étaient très lacunaires. Écrire ce livre m’a donc permis d’apprendre beaucoup de choses. La chance que j’ai eu a été de les apprendre tout en les pratiquants. Le fait de participer au décavaillonnage qui est une activité très dure, très physique, me permet incontestablement de la retranscrire avec une plus grande proximité. Le fait de pouvoir rencontrer d’autres vignerons m’a aussi donné une vision plus globale du vin, notamment en Anjou. Mais il faut reconnaître qu’au final, même si j’ai beaucoup appris sur les techniques : la taille, les vendanges…, je reste tout de même un ignorant sur de nombreux domaines, notamment la dégustation, la mémorisation des vins, le fait de pouvoir les comparer entre eux. Je me rends compte que sur ces domaines-là je n’ai fait que 0,1 % du chemin. C’est le travail de toute une vie.

Surtout que Richard développe un aspect particulier de la vigne puisqu’il est dans la biodynamie…
Oui tout à fait. Richard a une démarche qui peut paraître très radicale, surtout en Anjou, où ce type de travail de la vigne n’est pas très répandu. Mais tout en étant très radical dans sa démarche, Richard est attentif à tout ce qu’il se passe. Il n’est pas enfermé dans ses certitudes. Bien au contraire ! Il doute beaucoup, se met en danger permanent et paie cash ses erreurs. Pour moi cette démarche était intéressante car, comme cela peut être le cas dans la bande dessinée, pour laquelle certains auteurs expérimentent beaucoup, sortent des sentiers battus, la démarche de Richard possède de réelles similitudes avec celle d’artistes que je connais.

L’idée de partage aussi bien dans ton travail que dans celui de Richard semble être l’un des moteurs qui vous animent…
Le vin ou les livres que l’on fait, je crois qu’il faut d’abord les faire pour soi. Je crois que dans un premier temps il y a un geste un peu égoïste qui est plutôt salutaire. Il faut que l’on trouve un certain plaisir dans ce que l’on fait pour pouvoir ensuite le partager avec d’autres. Je ne crois pas que l’on puisse écrire un livre ou faire un vin en pensant au public, à une cible commerciale. Lorsque j’écris je me dis que je le fais pour quelqu’un, pour une personne. Je crois que les vignerons comme Richard ont un peu la même démarche. C’est-à-dire qu’ils ne cherchent pas forcément à être dans tous les supermarchés de France, ils sont d’ailleurs bien souvent modestes en volume produit. Mais ils veulent que chaque personne qui ouvre une de leurs bouteilles soit concernée par ce qu’il se passe dans la bouteille. Donc je pense que c’est un point commun qui réunit des auteurs exigeants, des vignerons exigeants, des musiciens exigeants…

Quels retours d’expérience as-tu eu de la part de Richard ? Est-il devenu un lecteur de BD ? cet univers lui est-il devenu moins « flou » ?
Je crois pouvoir dire que oui. Il faut savoir que Richard été assez atypique. Il n’avait pas de base en bande dessinée tels Tintin, Astérix, Gaston… C’est un peu pour cela également que le personnage m’intéressait. Dès le départ de notre projet je lui ai proposé de lire des productions de labels indépendants, des choses un peu expérimentales et ça s’est bien passé. Il y a bien sûr beaucoup de livres qui lui sont tombés des mains, c’est normal, mais d’un autre côté je me suis aperçu qu’il avait développé des goûts assez précis. Je continue à lui faire parvenir des albums et je sais qu’il en achète aussi. Donc oui je peux dire que Richard est devenu un lecteur de bandes dessinées. Ce que j’ai appris en réalisant ce projet c’est que nos goûts sont déformés par les lectures de notre enfance. Beaucoup de personnes lisent de la bande dessinée en vertu d’une espèce de nostalgie qui tourne un peu sur elle-même, et cela a sans doute une influence notable sur la pratique des auteurs qui écrivent pour ces gens-là. Richard n’est pas du tout dans cette optique-là. Il recherche des choses capables de satisfaire un homme de 50 ans qui commence à lire un peu de bandes dessinées.

Avais-tu conscience au début de ce projet que l’album serait au final un véritable petit pavé de plus de 270 pages ? Et as-tu été amené à raccourcir certaines parties pour gagner en rythme ?
Lorsque j’ai signé le contrat avec mon éditeur Claude Gendrot de chez Futuropolis nous avions indiqué « environ 150 pages » ce qui était une jauge parfaitement hasardeuse. Il s’est avéré assez rapidement qu’elle serait insuffisante. Mais les éditions Futuropolis, m’ont laissé carte blanche car pour eux c’était avant tout mon projet. J’ai plutôt tendance d’une manière générale à resserrer mes livres, a enlevé des pages, mais dans ce cas précis, les rencontres que je faisais, les événements auxquels je participais et que je voulais placer dans le livre on fait que celui-ci a pris du volume. Et finalement j’ai très peu retiré de pages. J’ai redessiné certains chapitres qui ne me convenaient pas mais je ne me suis pas freiné en termes de pagination. Mon souci était, plus que le volume, le prix du livre. Cela m’ennuie toujours un peu lorsque les gens ne peuvent pas acheter un livre en raison de son coût. Dans le cas présent il coûte 25 €. C’était la limite maximale que j’avais demandé que l’on respecte. Pour revenir à l’objet-livre, il est vrai qu’il est très épais. C’est l’ouvrage le plus long que j’ai dessiné depuis 20 ans que je travaille dans la BD. L’objet en lui-même me plaît beaucoup, il a une tenue, un confort que j’apprécie. Sur ce point j’avoue avoir la chance de travailler avec un éditeur qui soigne bien
l’objet : un beau papier, une reliure digne de ce nom… À l’heure où le numérique prétend désincarner nos livres, je pense qu’il est important de soigner ces aspects-là, pour faire que la forme du livre commence à se démarquer. Le but étant de faire un objet simple, chaud, solide, que l’on peut prendre partout et tout le temps. Si cela est respecté nous pouvons avoir confiance dans sa pérennité.

Personnellement en lisant le livre je me suis rendu compte que malgré son épaisseur il n’y avait pas une page en trop. Il n’y avait pas de pertes de rythme, c’est quelque chose que j’ai véritablement apprécié.
C’est quelque chose  d’important pour moi. Lorsque j’écris un synopsis un story-board, l’aspect essentiel auquel j’attache mon importance se trouve dans le rythme pour qu’il reste le plus agréable possible pour le lecteur. C’est un peu au sens musical que je l’emploie. Je recherche un certain tempo, des accélérations, une mélodie qui se tiennent, et sur ce livre-là qui était totalement improvisé, le rythme a été un motif de stress permanent…

Est-ce que tu mesures la chance que tu as de travailler avec un éditeur comme Futuropolis qui te laisse, dans ces moments difficiles pour l’édition, une véritable carte blanche ?
Je travaille avec Futuropolis depuis quelques années maintenant. Même si l’on peut avoir quelques désaccords entre nous sur quelques aspects d’un projet, sur le fond nous trouvons toujours un terrain d’entente assez intéressant. Si la bande dessinée subit une crise qui est patente et dont beaucoup d’auteurs souffrent, d’un autre côté, sur la forme, il est de plus en plus possible de dépasser le fameux format 48 ou 52 pages qui nous a longtemps bridés. Les éditeurs proposent maintenant aux auteurs une pagination qui leur laisse la possibilité de développer un propos et de donner à leurs livres une ampleur supplémentaire. Malheureusement sur le plan purement économique il est difficile pour de jeunes auteurs de vivre uniquement de la bande dessinée. Une des raisons vient sûrement de la surproduction de ces dernières années en BD.

Que retiens-tu de cette expérience passée aux côtés de Richard ?
Tout d’abord que le monde du vin s’ouvre à moi et que j’ai de plus en plus envie de l’explorer. J’ai prévu de revenir cet hiver travailler dans les vignes uniquement pour le plaisir, c’est-à-dire sans mon carnet de croquis. J’ai connu une expérience probante, au travers de ce projet, sur l’improvisation et j’ai vraiment envie de poursuivre dans cette voie. Et puis, bien entendu, je retiens toutes les rencontres essentielles que j’ai faites. Rien que pour cela ce projet valait le coup d’être réalisé.