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Alaska, the last frontier (2ème partie)

Ce matin-là, nous comprenons enfin pourquoi Seward fait partie des endroits incontournables à explorer. La ville est en fait assez représentative de l’intérêt d’aller en Alaska :

Nichée entre des chaines de montagnes, des glaciers et d’immenses espaces sauvages, Seward représente bien ce qu’on appelle la « culture du nord ». On y vient pour la pêche au gros, observer les baleines, faire du kayak au milieu des fjords, randonner au grand air et camper autour d’un grand feu où l’on fait cuire ses prises de la journée. 20150612_145109C’est à ce moment-là que je me fais la réflexion que les gens qui habitent en Alaska ont un état d’esprit assez particulier. Etats-Unis obligent, on conserve les codes de l’excès. Enorme pick-up, énorme caravane, énorme maison, énorme burger, énorme flingue, énorme ventre. Les habitants de l’Alaska sont particulièrement fiers d’y habiter, en expliquant que les hivers à -30 degrés ne les impressionnent pas, qu’ils sont des pêcheurs dans l’âme, et qu’ils ont un profond respect pour leur terre et leur environnement. A première vue, on ressent une ambiance très protectionniste, très chasse, pêche et tradition et puis disons-le, bien Républicaine. 20150612_210900

Mais après avoir parcouru des bonnes centaines de kilomètres avec des locaux qui nous ont pris en stop, on se rend soudain compte que les habitants de l’Alaska, malgré leur drapeau et leurs gros guns, c’est finalement un peu des hippies modernes. La plupart avouent avoir atterris ici pour « prendre l’air », « revivre un peu », « s’isoler du reste des Etats-Unis ». Bref, dans bien des conversations, on comprend surtout que l’Alaska est un Etat-refuge, un Etat-ressource pour bien des américains un peu saoulés de leur vie d’avant. Un endroit où tout est un peu plus simple, où il y a tellement de place que chacun y vit comme bon lui semble. Et surtout où la qualité de vie est incomparable. 20150611_151951Fait anecdotique, le chasseur, la mère de famille, les jeunes de 15 ans, le gentil couple où le vieux retraité possède bien souvent un sac de weed dans sa boîte à gants, parfois rangé à côté de son fusil à pompe. Beaucoup de valeurs conservatrices donc, mais qui n’empêchent pas de planer pour autant.G0187564

Pendant que Maxime et Rory décident d’aller escalader une montagne de bon matin, je choisis de suivre Claire dans un programme plus détendu qui consiste à se promener dans les fjords en bateau pour observer les baleines ainsi que toute la flore et faune sauvage environnante.20150612_120422Je pourrais passer des heures à décrire chaque paysage aperçu pendant ce voyage mais cela serait trop fastidieux et le vocabulaire existant serait trop restreint pour véritablement décrire la beauté du monde qu’on y trouve. Chaque levé et couché de soleil, chaque fleuve, chaque lac, chaque fjord, chaque montagne, chaque forêt est une fresque géniale, un frisson qui vous parcourt la nuque. La beauté des paysages de l’Alaska n’a pas d’égales, pas de rivales, pas de concurrence.20150612_123103

C’est la Nature avec un grand N. Sûrement un des seuls endroits que j’ai visités dans ma vie où l’on a l’illusion que les animaux sont chez eux et que les Humains sont simplement tolérés en ces lieux. Il suffit de parcourir moins de 100 mètres hors d’une ville pour se retrouver en pleine nature sauvage. Et encore, il est pourtant possible de croiser un ours dans les toilettes des femmes d’un camping à Anchorage, la capitale, comme cela nous est arrivé.20150612_122312

Après une randonnée, nous repérons un endroit où camper à l’écart de la civilisation et  je m’apprête à passer ma première nuit dans la nature. Je découvre alors ce qui sera le rituel des prochaines semaines. Car oui, finalement, même en improvisant complètement et en vivant l’aventure, il y a bien une routine qui s’installe. Car toutes les choses simples du quotidien deviennent un défi. G0117338Trouver comment se déplacer, ou dormir, quoi manger, comment se laver, se réchauffer, boire de l’eau potable, etc… Toutes ces choses normalement simples deviennent finalement des défis journaliers. Chaque jour, nous recommençons la même routine à zéro. Il y a des jours catastrophiques et des jours géniaux. Mais peu importe les hauts et les bas, il y a cette sensation indescriptible de se sentir profondément vivant, de revenir aux choses simples, d’accomplir un moment inoubliable de sa vie, même dans les moments difficiles. 20150611_173856Le petit bonus de l’Alaska, c’est le processus « ne pas être mangé par un ours car ça serait dommage ». L’ours, c’est un peu le roi des animaux version froid. Celui que personne n’ennuie, ni de près ni de loin. Il n’a que faire de votre existence dans 99 % des cas où vous croisez son chemin mais l’ours est malheureusement très gourmand, ce qui en fait finalement un potentiel danger. En gros, l’ours se fiche totalement de vous, mais pas de la nourriture qui est dans votre tente.20150623_102032

L’Alaska en Juin, c’est le territoire des ours car, comme les touristes, ils profitent du beau temps pour gambader. Il y a donc de grandes chances d’en croiser régulièrement. Ces chances diminuent grandement en respectant les consignes de sécurité et augmentent considérablement en ne les respectant pas.20150611_125528

Les trois objets indispensables liés à cette prévention sont les suivants : la bear-box, le bear-spray et le bon vieux couteau.

La bear-box est un objet qu’on utilise pour y mettre tout ce qui peut avoir une odeur de nourriture susceptible d’attirer l’animal. C’est une boîte hermétique qu’on planque loin des tentes au moment de dormir.

La bear-spray est une bombe lacrymogène pour ours à base de poivre. Un objet indispensable dans le cas où il se met à vous charger,  et qui permet normalement de l’éloigner efficacement.

Pour finir, le couteau est sûrement le dernier objet que vous souhaitez utiliser. Dans le cas hypothétique d’une situation cauchemardesque dans laquelle l’ours tente de vous dévorer, soyez un héros et tranchez la gorge de l’animal à mains nues. Si vous vous en sortez vivant, ce qui est peu probable, ça fera sans aucun doute une bonne histoire à raconter.20150611_125635

Contrairement à ce qu’on peut croire, la stratégie à aborder pour ne pas risquer de se faire attaquer est de « discuter tranquillement avec l’animal« , puis faire un maximum de bruit et de mouvements s’il se met à charger. Mais il ne faut surtout pas s’enfuir en courant. La plupart des attaques d’ours ne sont que du bluff et dévient leur trajectoire au dernier moment. 20150613_145616

Après avoir exploré les environs en kayak, accompli plusieurs excursions en forêt aux alentours et aperçu bon nombre de baleines, nous décidons de nous diriger vers une nouvelle destination : Homer, à 300 kilomètres de Seward.G0247648

Homer : le far-west polairePour atteindre Homer, nous décidons de nous séparer en groupe de deux pour maximiser nos chances d’être pris en stop. Les premiers arrivés à l’office du tourisme ont gagné.Screenshot_2016-03-01-02-21-25

Je tombe avec Rory et nous avons alors une chance incroyable. La première voiture qui s’arrête va justement vers notre destination. Ce ne sera pas le cas de Claire et Maxime qui mettront la journée entière et je ne sais combien de moyens de locomotion différents pour arriver.20150615_201813Homer est une ville étrangement faite. Une sorte de longue bretelle bitumée permettant de l’atteindre. Comme une route étroite posée directement sur l’eau. Puis on arrive directement sur une commune qui se forme en longueur. De là, on ressent directement une atmosphère assez unique. Une sorte de mélange entre un far west désertique et une ambiance profondément nordique. 20150616_085228

Quelques authentiques saloons, où l’on vient ressourcer son foie lorsque l’hiver devient rude, des boutiques de pêche, des liquor stores…et puis voilà. 20150615_221649Toutes les constructions sont en bois, et la plupart du temps surélevée sur pilotis (utile lorsque le blizzard fait rage). Au-delà des fjords qui entourent l’endroit, on aperçoit des chaînes de montagnes à perte de vue. 20150614_233429

Les habitants que nous rencontrons sont des vrais de vrais. De véritables cow-boys version polaire. Qui vous sortent des phrases du genre « les hivers à -30 degrés, je peux les faire en caleçon si je veux. Le froid, c’est dans la tête. » 20150615_142340

Cet autochtone en question, qui nous avait pris en stop pour traverser la bretelle qui relie Homer nous proposa alors de nous emmener gratuitement faire un tour dans son bateau pour visiter les alentours. A première vue un plan un peu foireux, cette journée fut pour ma part une des plus jouissives de ce voyage en Alaska. G0077824

Accroché aux amarres du hors-bord à plus de 100 km/h, une bière locale à la main, nous fonçons en direction d’endroits surréalistes.20150615_144755 D’une grotte glaciale d’où s’envolent mille oiseaux sur notre passage, nous arrivons ensuite en plein paradis terrestre au milieu d’une forêt parsemée de cascades.20150615_145301

Pas un bruit, si ce n’est le cri d’un aigle royal qui passe au-dessus de nos têtes. Chaque espace est vaste, vierge et diversifié. Partout où l’on regarde, notre regard se borne à tomber inexorablement sur l’horizon, cette ligne de fond permanente de n’importe quel paysage d’Alaska qui limite notre regard à se contenter de quelques kilomètres de vision. 20150615_142219

C’est donc pour voir au-delà que nous allons nous diriger vers Kenai. Mais avant, il était important que je montre à ces purs nordiques que, moi aussi, je suis un fou qui ne craint pas le froid. Nous arrivons alors sur une petite île, et j’explique aux deux hommes que j’ai chaud et que je souhaite me baigner dans l’eau du glacier. 20150615_155245

« Vas-y tu peux te baigner si tu veux, c’est faisable, mais je te préviens, elle ne doit pas être à plus de 5 degrés en Juin. » 

Il me lance un défi, c’est sur. Il va voir de quoi je suis capable. G0087860

Après ce bain glacial qui me causa une quasi-mort cérébrale l’espace d’une minute, j’ai simplement gagné une bonne crève de 3 jours que j’ai bien méritée.GOPR7845

Mais j’avais relevé le défi, c’est ça qui compte.20150614_215337

Finies les bêtises. Direction Kenai, l’ancienne cité russe du sud de l’Alaska.

Kenai : l’âme Russe20150616_200025

Lorsque les Russes ont vendu l’Alaska aux Etats-Unis en 1867 contre sept millions de dollars (5 dollars le km2), la majorité des Américains ont très durement critiqué le responsable à l’origine de cette folie, le secrétaire d’état William Seward. tumblr_n6o144Z1MR1sq5tezo1_250Cet accord à l’origine secret et douteux avec l’Empire Russe, personne n’y croyait. Mais pourquoi diantre acheter un territoire aussi reculé et sauvage. Que peut-on bien y trouver si ce n’est de la glace et des Amérindiens peu sociables ?

Disons beaucoup d’or, beaucoup de pétrole, beaucoup de fourrure et beaucoup d’autres trucs sympas. William Seward avait vu juste. Aujourd’hui, le Seward day, qui célèbre le jour de la vente de l’Alaska aux Américains, est un jour férié fêté le dernier lundi de mars. 20150617_112133

En 2015, Vladimir Poutine a déclaré, non sans amertume, que « la vente de l’Alaska avait été établit par des traités illégaux qui relèvent de l’époque des Tsars. » Forcément, même 150 ans plus tard, impossible de ne pas se mordre les doigts d’avoir fait une telle connerie.

Bref, tout ça pour dire que la ville de Kenai est une des toutes premières villes où les Russes s’étaient installés pour établir un comptoir de vente de fourrure en 1741, à l’époque où les peuples indigènes y vivaient encore en larges communautés. Puis les Russes s’embrouillent violemment avec les autochtones, et la variole décima les gens qui restent. Ensuite, les Américains arrivèrent et c’est précisément à cet endroit qu’ils commencèrent à trouver de l’or, mais c’est surtout en 1957 qu’on y découvre, pour la première fois en Alaska, une très forte présence de pétrole à exploiter.20150617_110030120 ans plus tard, l’église Orthodoxe construite par les Russes est toujours là. Avec un prêtre orthodoxe à l’intérieur très fier de nous expliquer son histoire. Il ne reste pas grand-chose de « russe » à Kenai mais il reste quand même quelque chose. Une forme de respect de l’histoire et des coutumes. La ville a été Russe et elle est désormais Américaine. C’est assez cocasse pour ne pas tomber dans l’oubli. 20150616_225903C’est l’occasion pour nous de dormir sur la plage, et de contempler un des ciels les plus mystérieux et inquiétants que j’ai pu voir dans ma vie. Au moment où j’ai pris la photo ci-dessous, il est presque 23h00. 20150616_213834Je précise qu’à cette époque de l’année, la nuit ne tombe jamais. Il fait jour même à 3 heures du matin. Ce qui n’a pas cessé de me fasciner jour après jour. « Mais regardez il n’est 22 heures et le soleil n’est toujours pas couché, on pourrait presque bronzer ! ». « Oui Francois on sait, tu nous le répètes tous les soirs et ça sera aussi comme ça demain et après-demain, etc… »20150616_230548

Le jour suivant, nous trouvons sans doute un des meilleurs campements de notre voyage. Niché en haut d’une falaise, à l’écart de tout, l’atmosphère générale de cet endroit n’a pas de mots pour être décrit.20150617_220421

Peu importe la fatigue, le fait de ne pas se laver pendant 5 jours ou même de savoir que je vais manger des tomates au dîner, toutes ces choses difficiles moralement s’estompent lorsqu’on est posé avec sa bière, en train de contempler le toit du monde, d’où le soleil insomniaque vient embrasser un océan de glace, tard dans la soirée.20150617_225901

Le lendemain, Maxime et Rory insiste pour que nous nous dirigions vers Cooper Landing. Un endroit réputé pour être un des meilleurs spots de pêche au monde.20150617_225435

Cooper Landing et le retour à Anchorage20150618_190549

Après avoir accompli un long et laborieux trajet en stop à l’arrière de la benne d’un pick-up, nous arrivons enfin à la grande Mecque des pêcheurs.20150618_135537

Je ne dirais pas que je n’aime pas la pêche. Je n’ai rien contre la pêche en soi. C’est juste que je ne comprends pas la pêche. Je n’ai jamais compris la pêche et je ne la comprendrai sans doute jamais. Pourtant j’aime l’eau, j’aime le saumon et j’aime la contemplation. Mais cette activité m’ennuie profondément, j’ignore pourquoi.20150618_165059

A Cooper landing, un des endroits les plus réputés au monde pour ferrer un saumon royal, c’est le rêve, l’extase absolue des amateurs de cuissardes et gilet kaki à 10 poches. Le spectacle est drôle à voir. Le long d’une rive de plusieurs kilomètres, se dressent en silence des centaines de bonhommes qui attendent impassiblement, les pieds dans l’eau, de pouvoir attraper et matraquer un gros poisson. 20150618_204055

Ce jour-là, je ne jetterai pas la faute sur Maxime et Rory de ne rien avoir attrapé, faute d’avoir essayé pendant plus de 6 heures de suite. Je ne suis point spécialiste, mais nous n’avions à coup sûr pas le matériel adapté, où les saumons préféraient simplement être mangés par de bons gros rednecks américains.20150618_190434

Faut dire que les trois types installés à côté de nous étaient sacrément équipés pour une guerre maritime d’envergure : camping-car, salopette étanche, cannes à pêche de 4m, boîte à hameçon, boîte à appâts, glacières remplies de bières, moustache, bouc et casquette américaine. Moins d’une heure après leur arrivée, ils avaient déjà de quoi festoyer du saumon jusqu’à la fin de la saison.20150618_220049Mais ce n’est pas grave, ce soir-là, même si nous avons festoyé de riz blanc et de bananes séchés, la soirée fut tout de même géniale. Car peu importe les difficultés, camper au milieu de nulle part à l’autre bout du monde quand on sait qu’on retourne à la réalité de son travail parisien 15 jours plus tard, ça n’a pas de prix.20150618_220332

Il est désormais temps d’accomplir les dernières centaines de kilomètres en stop jusqu’à Anchorage. Sur le retour, après avoir peiné pendant plus d’une heure à trouver une voiture qui accepterait de nous prendre, un énorme pick-up s’arrête. Une femme d’une quarantaine d’années nous propose de monter dans son véhicule. Elle nous explique alors en détail la vie de ces cinq chiens qui sont dans la benne à l’arrière du véhicule. « … Alors Georgio il a 5 ans, c’est un berger allemand, il est sourd, mais je l’aime beaucoup, d’ailleurs y a 3 mois il a été malade… » Nous sommes tous les quatre saoulés à mort d’entendre les palpitantes histoires de Georgio chez le vétérinaire pendant 2h30 de route mais c’est le jeu du stop. 20150619_130215Même si c’est la trentième fois que vous montez dans la voiture d’un inconnu, il faut rester courtois et faire la conversation. Même si c’est parfois super chiant, la personne n’en reste pas moins sympathique d’avoir accepté de nous prendre.

Nous arrivons à Anchorage le soir pour entamer ce qui est sans aucun doute la nuit la plus étrange de notre voyage.G0027919L’aire de camping en périphérie d’Anchorage n’était pas en réalité une véritable aire de camping mais plutôt un refuge de bizarreries plus ou moins anxiogènes.20150608_233918Pour résumé en deux mots la nuit :

A 4 heures du matin, une femme est couchée dans la boue et se met à hurler à la mort pendant 10 minutes à quelques mètres de nous. Autour d’elle, une dizaine de personnes qui l’observent sans dire un mot et un grand feu de camp qui brule derrière. Etait-ce une crise d’épilepsie, un simple accès de démence, un jeu de société qui tourne mal, ou bel et bien un rituel satanique indien ? Nous ne l’apprendrons jamais. Ce qui est sûr en revanche, c’est que mon imagination ne me jouait point des tours. Maxime, Rory et Claire ont bel et bien vu la même scène que moi. Je n’ai pas immortalisé le moment mais voici une photo du film d’horreur 30 jours de nuit qui se déroule en Alaska et qui renforce exagérément l’aspect horrifique de cette histoire.30-jours-de-nuit-image-2

Une heure plus tard, Maxime va paisiblement se soulager devant la tente lorsqu’il croise le chemin d’un ours à quelques mètres de lui. Il réveille Rory et ils constatent que l’ours continue paisiblement son chemin dans les toilettes des femmes. Normal.

Le lendemain, lorsque nous expliquons à la tenancière du lieu qu’un ours est venu nous rendre visite, elle nous répond que c’est relativement banal et que celui-ci se promène régulièrement dans le coin à la recherche de nourriture mais qu’il n’est point dangereux. Je dormais au moment de ces faits, mais voici la photo d’un ours sympa que j’ai trouvée sur Google image en tapant « ours sympa » et qui renforce exagérément l’aspect sympathique de cette histoire.des-ours-aux-comportements-humains1

Un peu plus tôt dans la semaine, j’avais décidé de continuer la suite de mon périple avec Claire et Maxime. Ils avaient laissé leur voiture à Anchorage pour aller visiter le sud du pays en stop. Ce que nous fîmes vaillamment. Maintenant il était question pour eux d’atteindre Vancouver en traversant le Yukon, la Colombie Britannique et une partie restante de l’Alaska enchevêtré avec le Canada. Un road trip de 3600 kilomètres ayant la réputation de posséder certaines des plus belles routes du monde.Screenshot_2016-03-01-02-20-36

Je devais à la base rester en Alaska mais il fut évident pour moi de continuer la suite du voyage avec eux. De plus, cela me faisait plaisir de retourner à Vancouver alors que je pensais ne jamais revenir dans cette ville un mois avant. Rory devait continuer dans une autre direction, mais au moment où nous allions le déposer et lui dire au revoir, il décida soudainement de rester dans la voiture. « Jai encore envie de faire 50 heures de voiture avec vous, direction Vancouver, je vous suis ! »

Haines et Skagway, l’Alaska authentique et l’Alaska touristique20150621_164411

Je me souviens vraiment mal de l’histoire de Haines, mais je me souviens que s’était intéressant. Je ne pourrai pas en dire plus si ce n’est que l’on se serait cru dans une Amérique post-guerre de sécession avec des routes en terre, des très grosses maisons en bois chacune d’une couleur différente, un liquor store, un dinner, un shérif et des femmes avec des grandes robes dans un style victorien. Une ambiance d’un autre temps. En réalité, ce n’est sûrement pas à ça que ressemble Haines, mais c’est la manière dont j’aime m’en souvenir.20150621_124319

C’est aussi l’endroit où nous avons fait une des meilleures randonnées. Au risque de me répéter, la vue du haut de la montagne était absolument époustouflante. 20150621_170017

Le soir, nous avons tenté de camper dans une petite forêt appartenant en réalité à une propriétaire Américaine. Après nous avoir débusqué, la femme débarqua avec ses quatre chiens, ses deux neveux,  son mari,  ses frères et trois énormes pick-up. Cette conversation se passa très mal. Et la femme nous expliqua que nous n’avions pas le droit de dormir sur son terrain. Mais qu’en fait on pouvait quand même. Mais qu’en fait non. Mais finalement si. 20150621_220810

Dans le doute, nous nous endormîmes dans le petit bosquet en ignorant si nous allions être troués de plomb dans la nuit ou non. 20150620_205728

Négatif, nous sommes vivants. Il est désormais temps de se diriger vers Skagway. Pour cela, nous avons besoin de mettre la voiture dans un bateau. Cette région est particulière car nous passerons plusieurs jours à zigzaguer entre la frontière américaine et canadienne car la route empruntée nous y oblige. Screenshot_2016-03-01-02-22-02Un enchainement hallucinant d’immenses lacs et d’espaces vierges à perte de vue. Des endroits ou le GPS peut naturellement indiquer « prochain virage dans 1340 kilomètres » et où l’essence peut se faire vraiment rare.20150620_143053

Une fois la traversée en ferry accomplie, nous arrivons à Skagway. Une ville que j’ai trouvée assez loufoque tellement elle joue sur les stéréotypes de l’arrêt touristique. Encore une fois, cette ville historique a une ambiance de far-west arctique, avec des saloons en bois et des routes en terre. Avec une ambiance de studio de film qui introduirait la ruée vers l’or en 1895.20150622_133233

Mais contrairement aux précédentes, celle-ci sent le carton-pâte avec une armée de touristes obèses claudiquant d’une boutique de souvenirs à un fish and chips bien gras. Comme un air de parc d’attractions où chaque habitant essaye de jouer son rôle pour essayer de recréer l’ambiance d’antan. En vain.20150622_152453

Nous passons notre chemin et allons dormir quelques centaines de kilomètres plus loin dans un endroit dont j’ignore le nom.20150623_155653 Le lendemain, nous continuons notre route pour nous diriger vers Carcross.

Carcross, Watson Lake, Prince George et la réserve indienne : la fin d’un incroyable voyage11011267_10153604282529560_7320885697712668678_o

Contrairement à Skagway, Carcross est une délicieuse étape. Minuscule ville aux airs de cité fantôme, elle était anciennement un lieu de passage populaire lors de la ruée vers l’or du Klondike en 1896. Une bakery, une école, une église, un bar, une poste et un chemin de fer historique. Toutes les maisons ont l’air d’avoir plus de cent ans et on a souvent l’impression que rien n’a bougé.20150622_222613

Des ossements d’il y a 4500 ans retrouvés sur place témoignent de l’arrivée des premières nations amérindiennes à cet endroit. Aujourd’hui, la plupart des bâtisses en bois sont peintes avec des fresques rappelant l’histoire de ce lieu unique. Il faut visualiser une authentique petite maison dans la prairie, mais décorée de peintures tribales colorées. Une ambiance très particulière qui fait aussi le charme de la ville.20150623_123207

C’est aussi l’endroit où nous dégustons un des meilleurs repas. Et où nous trouvons un des meilleurs campements, une petite plage avec le reflet d’une gigantesque forêt qui se reflète sur l’eau au moment où la journée touche à sa fin. 20150622_222026

Le tenancier de l’auberge où nous dévorons les plats locaux nous explique qu’il fait 25 degrés l’été et -25 degrés l’hiver. Ce qui n’a pas l’air de déranger ce jeune homme qui a décidé de s’installer là « jusqu’à la fin de ses jours ».20150622_173118

Carcross est aussi connue pour posséder le plus petit désert au monde. Oui, un désert. En Alaska, ce n’est pas forcément très commun. Mais ça n’en reste pas moins d’authentiques dunes de sable (la photo ci-dessous n’est pas de moi, je n’avais pas eu le temps d’immortaliser ce lieu).carcross_desert_by_wuzzyfuzzybunny-d4u9u7l

Nous passerons les jours suivants à faire beaucoup, beaucoup de route. Prince Georges, Watson lake et sa forêt de panneaux et bien d’autres destinations dont je serai incapable de me remémorer l’ordre de passage et le nom tellement nous avons roulé et roulé encore, nous arrêtant uniquement pour trouver un endroit où planter nos tentes. 20150624_160905

J’ai d’ailleurs à ce sujet eu beaucoup d’admiration pour Claire et Maxime qui prenaient le volant à tour de rôle pendant parfois dix heures de suite, alors que Rory et moi dormions paisiblement à l’arrière, emmitouflés au milieu d’une montagne d’affaires, de sacs de couchages, de valises et de courses. Un road trip intensif de plus de 3500 kilomètres, c’est beaucoup de moments inoubliables à se raconter les histoires de nos vies respectives et à jouer à divers jeux amusants.20150625_210557

Mais parfois, c’est aussi rouler indéfiniment sous la pluie, être écrasé par une chaleur harassante, tomber en panne d’essence au milieu de nulle part, vaincre l’ennui, la fatigue, et écouter inlassablement en boucle les mêmes CD qui donnent des convulsions à la millième de Céline Dion. Le road trip est un souvenir inoubliable, pour le meilleur et pour le pire.20150622_094347

Nous roulons désormais depuis une semaine. Plus nous nous approchons de Vancouver et plus les jours rallongent et nous connaissons la première nuit noire depuis un mois. 20150625_225509

Pour la dernière étape il fallait marquer le coup. Nous décidons alors de nous enfoncer progressivement dans une gigantesque vallée où nous ne rencontrons pas âme qui vive.20150626_171248

Jusqu’à arriver finalement dans une réserve indienne à l’écart du reste du monde. A part un bar et une gigantesque centrale électrique, nous ne croisons rien, si ce n’est une mini-ville abandonnée assez flippante. 20150626_211739

Nous sommes totalement perdus et l’essence se fait rare. Pour finir, la voiture commence réellement à faiblir après avoir roulé des centaines de kilomètres sous une chaleur écrasante. Nous rencontrons finalement des locaux qui nous expliquent que nous sommes « tolérés » pour la nuit, mais que l’endroit est normalement réservé aux populations amérindiennes et aux travailleurs de la centrale. 20150622_175721

Le soir même, les travailleurs en question nous invitent pour l’apéritif. Leurs parcours sont assez improbables. Comme par exemple cet ingénieur spécialisé en énergie nucléaire tout droit venu de Suisse pour diriger les opérations. Coupé du monde pendant quatre mois de l’année, à faire marcher la centrale la journée et à fumer de l’herbe forte le soir en compagnie de ses nouveaux amis amérindiens, aussi collègues de travail.20150626_164729

Dans quatre jours, je serai revenu à Paris et à mon emploi. Cela me paraît tellement impensable de me retrouver en costume, en réunion, à discuter de centre de profit et d’opérations commerciales que je préfère ne même pas y penser. Là maintenant, je suis au bout du monde dans une réserve indienne et je compte me laver dans une cascade au clair de lune, c’est la seule chose que j’ai besoin de me dire.GOPR8198

Nous arrivons à Vancouver le lendemain. Après trois semaines à dormir dans la nature, nous nous retrouvons en plein chaos urbain. Vancouver est pourtant une ville agréable. Mais se retrouver soudainement au milieu de l’urbanisation nous fait à tous un choc. G0188215

Bientôt, nos routes vont se séparer. Claire rentrera à Montréal passer l’été avec ses amis avant de revenir en France. Maxime refera courageusement tout le chemin en sens inverse pour revenir en Alaska, et ensuite traverser la Yukon River en canoë et vivre encore mille aventures. Rory finira son tour du monde à travers le Canada, New York et l’Islande pour finalement rentrer chez lui un mois plus tard.20150621_162437

En ce qui me concerne, mes 186 jours de voyage se clôturent à l’aéroport de Vancouver. Un dur retour à la réalité qui fait l’effet d’une enclume sur le coeur. Excepté le pain à volonté au restaurant, mes deux chats et certains de mes proches, strictement rien ne m’a manqué de la France. Dans ce 31 ème avion, je me fais la promesse qu’à mon retour, beaucoup de choses vont radicalement changer dans ma vie professionnelle et personnelle. 20150624_120642

-The last frontier- et –Larger than Nature-, il est impossible de mieux décrire l’Alaska et le Yukon que par leurs adages respectifs. Voyager dans des lieux très reculés et sauvages nécessite beaucoup d’organisation, d’énergie, de temps et d’argent. Mais n’importe quel voyageur qui en revient vous dira que ça en vaut mille fois la peine. G0118125

Si je devais résumer en deux mots cet endroit de la planète, je dirai que la vision de ces espaces infinis atténue l’égo et fait gonfler l’âme comme une montgolfière. 20150622_162041

Fi de la réussite, des objectifs, des responsabilités et des problèmes. Pour la première fois, j’ai su ce que s’était de se sentir profondément vivant. 

Et rien ne remplacera jamais ce sentiment.20150621_004634