A l’occasion de la sortie du dernier Call Of Duty qui revient à ses premiers amours, à savoir la deuxième guerre mondiale, nous vous proposons de revenir sur ce moment de l’histoire et comme d’habitude nous allons le décliner selon les thématiques qui nous sont chères : la BD, le cinéma, les jeux vidéo, la musique et puis plein d’autres choses bien sûr.  Il fait suite au précédent Focus que nous vous avions proposé sur la Grande Guerre. Notre ... En savoir plus !
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La BD du jour : Polyphème de Jérôme et Emmanuel LeGlatin (Adverse)

Texte passé à la postérité, Polyphème présente la rencontre d’Ulysse et du Cyclope. Une confrontation tendue de laquelle le plus fort s’avèrera être le plus intelligent des deux. Une relecture moderne et créative du texte nous est offerte par deux explorateurs graphiques qui, à partir des seuls dialogues du Cyclope, retracent un pan du voyage mythique du roi d’Ithaque. Un ovni à découvrir si l’on accepte de se faire bousculer…

Polyphème d’Euripide met en scène l’arrivée d’Ulysse et de ses hommes dans le pays des Cyclopes. Poussés par des vents peu favorables, les hommes d’Ithaque sont à la recherche de vivres. Sur les terres foulées, Ulysse rencontre Silène, un satyre qui va lui vendre le vin de Dionysos. Alors que surgit Polyphème, Silène invite Ulysse et ses hommes à entrer dans une grotte pour se cacher. Mais Silène, contre toute attente, ment au Cyclope en lui indiquant que des hommes ont tenté de le voler. La suite est connue du plus grand nombre. Deux des hommes d’Ulysse seront dévorés et le roi d’Ithaque ne devra son salut qu’à un stratagème des plus efficaces. Se présentant à Polyphème, il dira se nommer « Personne » ce qui, plus tard, lorsque aidé de ses hommes il lui crèvera son œil unique, le mastodonte ne pourra pas révéler le nom de celui qui l’a rendu aveugle. D’où ce dialogue surréaliste entre le Cyclope et les chœurs :« Personne m’a perdu !, Alors, personne ne t’a fait de mal, Personne m’a arraché la paupière, Donc, tu n’es pas aveugle ?, Puisses-tu l’être ainsi !, Mais comment as-tu pu être aveuglé par personne ?, Tu railles ! Où est Personne ?, Nulle part, Kyklôps, Afin que tu comprennes bien, c’est l’Étranger, le scélérat, qui m’a dompté par le vin qu’il m’a donné, Le vin est violent, en effet, et difficile à vaincre. » Raillé, Polyphème ne pourra rien faire contre la fuite d’Ulysse et de ses hommes.

Adapter Polyphème, c’est aussi et surtout ne pas adapter, ou adapter en gardant en tête que l’enjeu se joue au-delà des mots, des personnages, et donc des dialogues. En cela la proposition de Jérôme et Emmanuel LeGlatin devient forcément une lecture possible. Car les deux auteurs partent de leur acquis, des travaux précédemment réalisés pour nourrir la proposition graphique de Polyphème. L’exploration graphique et textuelle accouche ici d’une relecture sélective. Seuls les dialogues du Cyclope seront retranscrits, plongeant le récit originel dans un monologue tendu dont le lecteur observe les grandes phases. Les personnages d’Ulysse, de Silène et les chœurs, sont ici à peine suggérés, et les phases dramatiques du récit accentuées par l’absence des mots sculptent dès lors l’idée de la folie ou de la perte des repères de Polyphème. Les deux dessinateurs jouent avec les formes, avec les cases, les plans, la/les béances – comme une récurrence – dans une proposition graphique possédée qui suppose aussi plusieurs lectures pour affiner son regard et sa perception. Perturbant à plus d’un titre nos repères structurants, Polyphème de Jérôme et Emmanuel LeGlatin, s’affiche très vite comme essentiel.

J & E. LeGlatin – Polyphème – Adverse