
Après leur travail sur Hitman, IO Interactive nous a surpris avec leur annonce d’un jeu action-aventure infiltration dans l’univers du plus célèbre agent secret britannique. Un choix qui sur le papier semblait presque évident tant le studio a fait ses preuves dans l’art de l’infiltration et de la liberté d’approche. Pourtant, le pari n’était pas sans risque : s’attaquer à une licence aussi iconique que James Bond, c’est s’exposer à des attentes colossales et à des comparaisons impitoyables. Alors, IO a-t-il réussi son entrée en matière ? La réponse est oui, et même au-delà de ce qu’on espérait.
Une origin story qui tient la route
Commençons par ce qui marque d’entrée : l’introduction du jeu. Comptez environ deux heures avant de véritablement prendre les rênes de vos missions en autonomie, et je sais déjà que ça va crisper une partie des joueurs. Mais soyons honnêtes ce n’est pas un tutoriel déguisé. C’est une véritable mise en situation narrative. On apprend en même temps que Bond à tirer, à filer quelqu’un sans se faire repérer, à bluffer lors d’une confrontation, à manipuler ses gadgets et à tenir un volant. Chaque compétence est introduite de façon organique, dans le contexte d’un apprentissage qui fait sens. C’est long, oui. Mais c’est bien écrit, bien mis en scène et ça pose des bases solides pour la suite.
Et c’est là toute la force du concept : First Light joue à fond la carte du reboot d’origine. Nouvelle M, nouveau Q, et une Moneypenny toujours aussi talentueuse et indispensable accompagnent un James encore en construction. À leurs côtés, l’agent Greenway fait office de mentor, et sa relation avec Bond donne lieu à quelques-uns des meilleurs moments du jeu. L’ensemble du casting principal est authentique, bien écrit, avec des interactions qui sonnent juste. Les dialogues respirent, les personnages ont de l’épaisseur, et on sent qu’un vrai soin a été apporté à cette galerie de nouvelles têtes.
Seul bémol de ce côté : les antagonistes. Classiques, peu charismatiques, sans grande originalité. On les oublie presque au fur et à mesure. Dommage dans une franchise qui nous a habitués à des vilains mémorables. Ah, et bien sûr parce que c’est 007 notre agent ne manquera pas d’exercer son charme légendaire sur le terrain. Disons simplement que les Bond girls sont au pluriel cette fois, et que James n’a pas perdu la main.
L’infiltration
Côté gameplay, First Light mise sur l’infiltration comme pilier central. Et pour ce faire, il vous demande de véritablement penser comme un agent. Pas question de foncer tête baissée : il faut écouter les conversations environnantes, observer les patrouilles, identifier les failles et créer ses propres opportunités. Chaque niveau est une boîte à outils, et c’est à vous de trouver votre propre chemin. C’est satisfaisant, c’est cohérent, et ça donne une vraie impression d’être dans la peau d’un espion, pas d’un soldat de fortune.
Q vous équipe d’ailleurs généreusement pour l’occasion, jusqu’à trois gadgets par mission choisis parmi un bel inventaire : montre laser, téléphone lance-fléchette, appareil photo sonique, fumigènes et autres merveilles. L’arsenal est varié, leur utilisation est contextualisée intelligemment dans les niveaux, et on prend un vrai plaisir à combiner les options pour traverser une zone sans éveiller les soupçons.
Mais que se passe-t-il quand le plan A foire ? Là, le jeu dévoile une agréable surprise côté corps à corps. J’avoue ne pas l’avoir vu venir. Les animations sont certes limitées dans leur variété, mais les enchaînements sont propres, dynamiques et surtout la possibilité d’esquiver ou de se jeter dans la mêlée rend chaque affrontement lisible et rythmé, même à cinq contre un. On n’est pas sur du Batman Arkham, mais c’est vraiment efficace et jamais brouillon.
Si la situation dégénère encore davantage, Bond décrochera enfin son permis de tuer et les gunfights prendront le relais. Là encore, rien de révolutionnaire : une dizaine d’armes (pistolet, magnum, mitraillette, fusil à pompe, sniper…), une couverture classique et un bullet time pour ralentir l’action au moment décisif. C’est convenu, mais ça fonctionne et l’ensemble reste cohérent avec le ton du jeu.
Des environnements variés, une IA dans la moyenne
Visuellement, First Light ne prétend pas révolutionner la technique. Ce n’est pas une claque graphique. Mais le jeu est beau, soigné, et propose surtout une grande variété d’environnements qui font du bien à l’œil et à l’immersion : bases secrètes ultra-sécurisées, îles paradisiaques baignées de soleil, complexes arctiques balayés par la tempête, bidonvilles désertiques grouillants de vie… Chaque zone a sa propre identité visuelle, et le level design accompagne bien cette diversité. Les environnements sont remplis de détails, la décoration est soignée jusqu’au moindre coin de salle, et la foule donne une impression de vie réelle qui participe grandement à l’immersion.
L’intelligence artificielle, elle, reste dans la moyenne. Elle n’est pas à l’ouest mais elle ne brillera pas non plus par sa finesse. On croisera occasionnellement quelques bugs un ennemi qui marche en boucle contre un mur, un PNJ incapable d’ouvrir une porte mais ça reste suffisamment rare pour ne pas casser l’expérience. Rien de rédhibitoire.
Le seul vrai raté : la conduite
Il fallait bien en trouver un, de vrai bémol. Et il tient en un mot : la conduite. Pour un jeu qui met en scène l’un des personnages les plus associés aux courses-poursuites automobiles du cinéma mondial, c’est une vraie déception. Les séquences au volant sont rares, courtes, et surtout d’une banalité affligeante. On suit une route prédéfinie, sans réel défi, sans sensation de vitesse, sans fun. C’est fonctionnel au sens le plus ‘triste’ du terme. On espère que les futures mises à jour ou le DLC narratif prévu adresseront ce point parce que Bond sans une bonne séquence de voiture, ça fait un peu mal au cœur.
Une durée de vie solide et un avenir prometteur
Comptez entre 12 et 20 heures pour boucler l’histoire principale, selon votre propension à fouiller chaque recoin des niveaux et les niveaux valent le détour, croyez-moi. Des missions spéciales viennent s’ajouter à ça, avec des défis à relever et des skins à débloquer. Le studio prévoit également d’enrichir le jeu avec plusieurs missions supplémentaires et un DLC narratif dont je tairai évidemment le contenu. Autant dire que First Light s’installe dans la durée et pose clairement les jalons d’une nouvelle licence vidéoludique sérieuse.
Et c’est peut-être là ce qui est le plus excitant : ce jeu n’est pas une fin en soi. Il ressemble à un point de départ. Une introduction au Bond qu’on va voir évoluer au fil des épisodes. Voir ce jeune agent maladroit, encore en formation, progresser vers la légende qu’on connaît est une idée géniale qui méritait d’exister sous cette forme.
Test réalisé sur PC avec une version fourni par l’éditeur.
