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La BD du jour : Les innocents coupables T1 et 2 de Galandon & Anlor

Véritables plaies d’une société dure, les bagnes d’enfants n’ont disparu qu’en 1945. Les dégâts qu’ils ont occasionnés sur une génération de minots turbulents, parfois violents pour survivre dans une société tout aussi violente, ont marqués les esprits et parfois le poète… C’est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l’enfant – Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis – Tous le braves gens s’y sont mis – Qu’est-ce qui nage dans la nuit – Quels sont ces éclairs ces bruits – C’est un enfant qui s’enfuit – On tire sur lui à coups de fusil (Jacques Prévert)

 

 

Galandon aime à explorer des sujets peu traités en BD et en littérature. Avec la série Les Innocents coupables il poursuit dans cette voie en nous immisçant dans les bagnes d’enfants du début du XXème siècle. Ces prisons ultra-surveillées d’où il était presque impossible de réussir à fuir sans se faire rattraper possédaient tous les attributs des prisons traditionnelles : gardes peu avenants, maltraitance, tensions multiples entre détenus répondant, pour ne pas sombrer, à une provocation par une autre provocation jusqu’à ce que les mots se transforment en poings serrés, nourriture abjecte, combines en tout genre et humiliations physique et mentale… Pour autant et même si certains de ces gamins se sont perdus dans la délinquance dure, d’autres se retrouvent dans cet antre pour des raisons obscures ou peu justifiables au regard du préjudice pour la société.

Le premier volet de cette série posait le cadre et le contexte d’une époque dure à la veille du premier conflit mondial qui allait lui-même exposer au grand jour ce que la société possède de plus monstrueux en elle. Ils sont quatre à débarquer aux Maronniers, cette prison pour enfants. Honoré Bonnot, qui se fait passer pour le fils de Jules de la célèbre « bande à Bonnot » qui sévissait dans les années 1910/1912, Adrien Pointet peut-être le plus fragile de tous, Miguel Agostino et Jean Marguin. Leur « pedigree » semble, aux yeux du directeur de l’établissement, justifier pleinement leur présence dans les lieux. Mieux elle est gage d’une réinsertion prometteuse : Chacun à droit à une nouvelle chance, c’est pourquoi l’Etat a choisi de vous confier aux Maronniers pour vous extraire de l’environnement néfaste que constitue la Ville. Voilà qui est dit ! Nouvelle chance, l’expression possède un caractère ronflant mais ces enfants en ont-ils eu ne serait-ce qu’une dans leur vie jusqu’alors ? Ont-ils pu goûter à la joie de vivre dans un foyer aimant et attentionné envers eux ? Rien n’est moins sûr… La dureté de la vie d’avant les Maronniers ne trouve pas de contrepoids dans le nouvel univers où ces gamins se trouvent placés. L’évasion reste la seule issue, la seule lucarne pour se rattacher à un élan de liberté et échapper aux violences devenues le quotidien de chacun. Miguel, Honoré et Adrien décident de tenter le coup. L’échec est programmé, car nul ne s’échappe de cet enfer. Pour autant ne rien tenter n’est-ce pas non plus nier jusque sa propre existence, sa propre fierté et sa propre propension à se rendre maitre de son destin ? Ils seront tous les trois rattrapés mais auront renforcés leur conviction qu’ils peuvent se sortir de ces tenailles acérées. Le second volet de cette série présente toute la dureté des bagnes d’enfants. Elle laisse aussi des lueurs d’espoirs dans cette relation qui s’instaure entre Jean et Angèle, la fille du directeur du pénitencier, ou encore dans cette visite d’un journaliste qui peut exposer aux yeux du grand public la déshumanisation qui germe peu à peu dans les esprits des enfants placés dans ce centre. Une vision sombre pourtant non dénuée d’une espérance en un avenir meilleur. A méditer…