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Le Clown, figure emblématique du théâtre
« Le sixième jour, Dieu créa le Clown, Antonet, Pipo, Bario, Paul, Albert et François Fratellini, Little Walter, Footit et Chocolat, Grock... Le septième jour, il dut se reposer tellement il riait encore ! » — Jean-Paul Farré, Le Clown, Cinquante-cinq dialogues au carré, L'Avant-scène théâtre, 2002

Il est indissociable de son nez rouge. Pour beaucoup il est synonyme de maladresses et de pitreries, principalement au cirque. Pourtant, le Clown est bien plus que le simple personnage de bouffon auquel il est malheureusement souvent réduit. De la même manière, ses origines sont souvent ignorées : il ne vient pas du cirque. Mais bien du théâtre.

Le Clown, quelles origines ?

Le mot clown est un mot issu de l’anglais qui signifie « paysan » « rustre » ou encore « vilain ». Son étymologie reste toutefois discutée, certains considérant l’anglais clown comme un dérivé du latin colonus qui se rapporte à celui qui cultive. Quoiqu’il en soit, ceci est bien éloigné de la figure de blagueur lui étant attribuée aujourd’hui.

Sa filiation est tout aussi incertaine que son étymologie. D’aucuns estiment qu’elle remonte aux bouffons et aux mimes de l’Antiquité. Certains autres voient en lui les fous des cérémonies médiévales. D’autres encore l’associent aux baladins de la même époque. Enfin, les derniers évoquent des ressemblances avec les personnages de la Commedia dell’arte.

Finalement, est-il grec ? Italien ? Ou bien anglais ? Personne ne le sait vraiment. La seule certitude est que le terme clown apparaît bien en Angleterre, plus précisément autour de 1550, soit près de deux siècles avant son exploitation par le cirque.

 

Le Clown, poète du désordre du théâtre élisabéthain

Le Clown est né au théâtre. Et plus précisément au sein du théâtre élisabéthain. Oui, celui de la période de deux des plus grands dramaturges au monde : Christopher Marlowe et William Shakespeare. Ainsi, bien des clowns apparaissent dans les pièces de Shakespeare, le plus connu étant son Falstaff (Henry IV et Les Joyeuses Commères de Windsor). Allant bien au-delà du simple bouffon, le Clown du théâtre élisabéthain faisait preuve de beaucoup d’esprit.

Si le Clown tenait une place de choix à l’intérieur de certaines pièces du théâtre élisabéthain – avec pour but d’attirer au Globe ou au Rose le public populaire – il intervenait parfois aussi à la fin des représentations. Il se livrait alors à l’improvisation et faisait souvent participer le public.

 

Le Clown contemporain

C’est seulement à partir du XVIIIe siècle que le cirque s’empare et s’approprie la figure du Clown, le déclinant progressivement en trois types : le clown blanc, l’Auguste (ou clown rouge) et le contre-pitre.

Malgré cela, il ne quitte pas pour autant le monde du théâtre. Ainsi, Samuel Beckett s’inspire clairement du Clown pour les personnages de son théâtre de l’absurde, avec notamment En attendant Godot. De même, comment ne pas penser au Clown en voyant les comédiens burlesques Raymond Devos ou encore Coluche, à l’origine des one-man-show actuels et dont les artistes de stand-up s’inspirent fortement.

Enfin, dépassant le monde du théâtre, le Clown a inspiré d’autres formes d’arts telles que la peinture (Renoir, Watteau, Toulouse-Lautrec), mais également la littérature (Stephen King et son célèbre Ça) et le cinéma (Chaplin, Fellini, Becker). Sans oublier évidemment les comics, avec le personnage mythique du Joker né sous la plume de Jerry RobinsonBill Finger et Bob Kane.

Une dernière chose : sachez qu’il existe une phobie des clowns, appelée coulrophobie et qui viendrait de la réputation négative du Clown lorsque celui-ci a été détourné en personnage triste ou maléfique. De même, la dissimulation des traits sous le maquillage peut susciter la peur chez certains. Comme quoi, on en apprend tous les jours !