Festival de Cannes 2019 MaXoE Focus Game of Thrones
Après une édition 2018 sous le signe du renouveau (modification des dates du Festival, de la gestion des projections et de nombreux nouveaux venus au sein de la Sélection Officielle), cette édition 2019 est celle de la femme. Déjà par ce choix de rendre hommage à l’immense réalisatrice Agnès Varda disparue récemment, avec l’affiche officielle de cette 72e édition. Mais aussi et surtout parce que pour la première fois, l’organisation du Festival a mis un ... En savoir plus !
MaXoE > RAMA > Dossiers > Livres / BD > HeBDo BD, l’actualité de la BD – Les sorties de juin 2016 (#10), 1er volet !
Livres / BD
HeBDo BD, l’actualité de la BD – Les sorties de juin 2016 (#10), 1er volet !

  • C’est peut-être l’approche de l’été ou l’absence de soleil qui donne envie de lire des récits traversés par de somptueux paysages si possible ensoleillés. C’est le cas dans Les Beaux été de Zidrou et Lafebre qui respire ces vacances vers le soleil et ses plages de sable chaud. C’est aussi le cas dans l’Aviateur qui donne à voir l’Afrique encore sauvage du début du vingtième siècle. C’est aussi l’idée de calme, de nature et de liberté qui nait lorsque l’on parcourt Cabanes de Nylso publié chez Michel Lagarde. A un degré moindre le voyage peut se faire dépaysant mais dangereux comme nous le prouvent Hérenguel et Dorison dans Ulysse 1781 ou Thierry Olivier dans Affreusement vôtre. Léonid quant à lui nous donne à lire un récit qui hume bon la campagne reculée. D’autres histoires accompagnent cette envie d’exotisme et c’est tant mieux !
pere_boxeur

Mon père était boxeurUn homme monte sur le ring. Dans quelques minutes il va boxer contre un adversaire tout aussi motivé que lui. Le match commence dans les premiers regards qui peuvent influer sur le sort du combat à venir. La cloche va bientôt retentir et les deux hommes déambuleront sur le ring, s’observeront à la recherche d’une brèche, feinteront, tenteront des coups d’esbroufe, asséneront des gauches ravageurs ou des uppercuts sournois. L’un des hommes est le père de Barbara, la narratrice, qui regarde sur un vieux film en super-8 ce combat qui sera le dernier. Trois finales de championnat de France poids lourds et troisième défaite. La petite fille entre dans les vestiaires et pose ses mains menues sur le gant de son père au corps meurtris. Une nouvelle vie commence, le plus dur aussi…
Un reportage comme prétexte pour se rapprocher du père. Barbara Pellerin a connu une petite enfance baignée par l’odeur âcre des rings de boxe où son père défoulait une rage qu’il avait du mal à contenir. Plus tard elle le suivra (parfois) dans sa reconversion de commercial chargé de crapahuter de bars en bars pour vendre des caisses d’une marque d’alcool qui l’avait jadis sponsorisé. Des lieux pas forcément faits pour une jeune fille, pris en charge par des tenancières d’établissement un brin émues de sa présence. Elle se souvient des moments anciens, ceux passés à regarder avec passion et entrain Starsky et Hutch à la TV aux côtés d’un père devenu insouciant, ceux passés sur les plages et dans les eaux où elle apprit à nager. Un père tout à la fois terrifiant, capable d’exprimer une rage et une fureur envers quiconque se trouve au mauvais moment sur son chemin et tout à la fois capable de geste de tendresse et d’affection d’une sincérité que l’on ne peut remettre en cause. Mon père était boxeur donne à voir des instants captés sur le vif, lorsque la jeune fille, devenue femme, vient réaliser, dans la salle de boxe que son père gère au quotidien, un reportage sur les coulisses de la boxe. Elle interroge, tente de cerner le passé, ce qui a fonctionné et les échecs d’une vie trop lourde à porter. Pour comprendre le présent Kris, qui a travaillé avec Barbara Pellerin le scénario de ce témoignage émouvant, revient vers ce passé sensible et tente d’en cerner les moments clefs, ceux au cours desquels de petits basculements s’opéraient, des petites « brisures » qui, pourtant, au fil du temps devenaient béantes. Avec ce qu’il faut de pudeur, d’interrogation, avec ce souci de mettre en relief le destin de ce père boxeur et de ses reconversions, Kris scrute les rapports qui unissent et désunissent un père et sa fille, explique l’éloignement mais aussi, et bien plus, cette tentative timide de rapprochement. La proposition graphique de Vincent Bailly fait d’un trait furtif et volatile, qui accentue l’émotion procurée par le sujet de l’album, donne à voir les expressions des visages et des corps. Celles d’un père à deux facettes, qui se fait enjoué et empli de bonhommie mais aussi dur, violent et insondable. Celles d’une jeune fille admirative et aimante du père, et celle blottie dans des affres d’incompréhensions. Un projet pluridisciplinaire qui prend la BD comme point de départ et s’enrichit du film réalisé par Barbara Pellerin, à moins que l’on opère le voyage inverse. Les deux se complètent, se mêlent et offrent un témoignage saisissant sur ce rapport complexe entre un père et sa fille. Le rapprochement souhaité « inconsciemment » par Barbara et qui transparaît à la lecture de l’album se voit aussi dans le documentaire, la réalisatrice n’hésitant pas à filmer son père le dos plaqué à une glace de sa salle de boxe qui la fait du coup apparaitre caméra au poing sur le documentaire, comme si, finalement, l’important résidait dans ce rapport fragile à l’autre, dans cette distance qui ne demande finalement qu’à s’estomper…

Kris, Pellerin et Bailly – Mon père était boxeur – Futuropolis – 2016 – 20 euros

Ulysse 1781La guerre d’indépendance américaine s’achève, pourtant dans les territoires lointains de New Itakee la présence anglaise est encore tenace au point que la femme du capitaine Ulysse McHendricks se voit acculée jusque chez elle où un colonel bien entreprenant dessine les plans d’un futur pas très enviable. Son capitaine de mari, qui a eu vent vi son fils Mack de cette présence anglaise dans sa cité reculée a pris la décision de revenir au plus vite auprès des siens. Mais, dans la traversée des territoires interdits de la vallée de Wishita, Ulysse McHendricks, accompagné de son fils et de quelques hommes, va tomber sur une étrange créature d’aspect famélique, filiforme et pourtant d’une puissance redoutable, le wendigo. Un être tout droit sorti de la mythologie des Amérindiens algonquiens, qui peuplent le nord des territoires américains. Anthropophage, le wendigo accumule dans son antre les corps encore en vie de ses proies, hommes ou femmes égarées tombés sous son joug qui composent une partie de ses futurs repas. Ulysse est donc tombé dans le piège tendu par le wendigo, capturé, attaché à un arbre, il voit son fils Mack tenter de le libérer mais la créature veille au grain et, d’un revers de la main, envoie bouler le jeune homme qui composera un futur repas. A moins qu’il ne parvienne à s’extraire des branches dans lesquelles ses membres ont été empalés…
Pour adapter l’Odyssée, fantastique épopée homérique qui a trouvé maintes transpositions à travers les âges, il faut vouloir détourner le mythe tout en gardant ses repères fondateurs. Dans cette version contemporaine Xavier Dorison et Eric Hérenguel conservent les grandes lignes, les personnages cadres et les grandes phases du périple. Dans le premier tome de ce diptyque Ulysse se confrontait à Achille, un colosse qu’il vaincra par la ruse. Dans ce second volet il affronte le cyclope, redoutable créature de la mythologie grecque dont l’unique but est de remplir sa gibecière. Comme pour le premier volet de ce diptyque la confrontation d’Ulysse avec la créature joue sur les rythmes et cette faculté à faire évoluer ses personnages dans le huis clos d’une épaisse et étouffante nature. Transposition oblige le cyclope est devenu ici un wendigo, qui possède pas mal des caractéristiques de son « cousin » grec. Le récit conserve donc cette attache à la légende homérique tout en se développant dans un contexte de pure tension, dans un combat ultime entre la force brute et animale du wendigo et la ruse incarnée d’Ulysse. Le dessin prodigieusement efficace d’Eric Hérenguel offre au récit une telle dimension que celui-ci permet, tout en conservant une attache avec le mythe, de développer une intrigue contemporaine des plus addictives. L’énergie déployée, qui ne tarit pas au fil des pages, permet de scotcher le lecteur comme s’il était soudainement, la souffrance en moins, lui-même empalé, comme Ulysse, à un arbre émacié aux branches tranchantes. Un travail remarquable !

Dorison & Hérenguel – Ulysse 1781 T2 : Le cyclope – Delcourt – 2016 – 15,50 euros  

L'aviateurUn biplan Albatros BII survole les grandes étendues de l’Afrique. Les troupeaux de buffles s’affolent devant l’engin volant dont le moteur fait entendre son doux ronronnement. Nous sommes sur les bordures du lac Tanganykia à ce tournant de l’histoire où des tranchées creusées quelque part en France sur des terrains boueux décident de l’avenir du monde. Le premier conflit mondial a eu cette caractéristique étonnante de s’être exporter bien au-delà des frontières du vieux continent. Loin de cette Europe à feu et à sang, des soldats tombent en Turquie, en Méditerranée, et, plus loin encore, dans cette Afrique noire colonisée intensément depuis le dernier quart du dix-neuvième siècle. Et le lac Tanganykia cristallise toutes les tensions aperçues sur les champs de bataille européens. Josef est le fils d’un pasteur qui, pour se rendre dans les fermes les plus reculées et apporter son soutien spirituel, utilise un coucou dernier cri qui brise le calme d’une nature sauvage et préservée. Lors de l’un de ses voyages dans la brousse, Josef tombe amoureux d’une jeune femme mariée à un homme qu’elle exècre. La venue du jeune et séduisant Josef la pousse à jouer le jeu de la séduction. Les deux s’aimeront mais seront surpris par les manutentionnaires de son époux. L’homme furieux tuera son épouse. Poursuivi, le jeune Josef prendra la fuite pour vivre un destin qu’il n’avait pas forcément envisagé.
Une histoire d’amour impossible dans une Afrique sauvage au seuil de grands changements à venir en Europe et dans le monde. Si le pitch de départ n’est pas forcément novateur il permet de mettre en scène des héros bien campés suffisamment creusés par Jean-Charles Kraehn dont le scénario pose admirablement le contexte de l’époque et les bouleversements à venir. Josef possède la fougue de la jeunesse et la mort de celle qu’il aimait, le poussera vers l’improbable poudrière africaine, vers les bordures d’un lac Tanganyika théâtre des efforts militaires en Afrique des puissances qui se battent sur le vieux continent. Le dessin d’Erik Arnoux et de Chrys Millien servent admirablement le récit avec un superbe rendu de cette Afrique sauvage et d’une époque gangrénée par des relents de moralité nauséeuse. La tension qui croît progressivement juqu’à la fuite de Josef permet d’insuffler au récit un rythme qui ne s’endort pas dans les langueurs d’un Out of Africa, mais permet une admirable transition vers cette Afrique lieu de combat intense entre puissances alliées et puissances de l’Axe. A relier au Tanganyika de Micheluzzi publié chez Mosquito. Superbe !

Kraehn, Arnoux et Millien – L’aviateur – Dargaud – 2016 – 14,99 euros

LéonidLa vie semble reprendre son cours normal après l’attaque de la Horde. Léonid s’amuse avec Atchi la souris domestiquée qui ne saurait finir sous les crocs d’un des chats du quartier. Au dehors les oiseaux chantent enjoués et le soleil répand ses premiers rais sur le quartier. Mais toute cette tranquillité n’est qu’une façade car la tension reste palpable, notamment par les alliés féroces et surprenants que représentent Zeus et Apollon, deux molosses dont l’unique but est de s’opposer à toute intrusion sur les terres de leur maitre fermier. Aussi lorsqu’une famille apeurée de doux félins fuit les attaques de la Horde pour se réfugier dans le territoire encore préservé de Léonid et de ses amis, nos deux chiens aux crocs pimpants s’interposent. Personne ne s’introduira dans le quartier, sauf que c’est aussi le moment que choisi la Horde pour attaquer dans un assaut d’envergure…
Après un premier épisode de belle facture les aventures de Léonid, notre petit chat courageux, se poursuivent dans le petit coin de campagne a priori calme dans lequel il vit avec quelques compagnons eux aussi paisibles. Le danger représenté par la Horde avec à sa tête Attila et les albinos reste palpable. Et même si des alliés de fortune veillent au grain, la Horde entend bien conquérir le territoire protégé pour des raisons qui vont s’éclaircir au fil de cet épisode. Brrémaud et Turconi développent pas mal l’univers de Léonid dans ce second opus en jouant sur les rythmes. Pour éviter les combats terribles de front, Léonid et ses amis vont jouer d’astuces et trouver de nouveaux alliés avec les taupes et leur manie d’entretenir tout un réseau sous-terrain de galeries pour se rendre à tel ou tel point du hameau perdu en pleine campagne. Encore une fois Brrémaud démontre qu’il sait donner vie aux récits animaliers en se plaçant avec facilité à hauteur de nos petits félins. Turconi quant à lui fait le reste. Un dessin qui va plus loin que la plupart des récits jeunesse animalier avec un souci du détail, tant dans le cadre que dans la description des félins, des canidés et autres rongeurs. Bref une série pour laquelle on succombe sans mal !

Brrémaud et Turconi – Léonid T2 : La Horde – Soleil – 2016 – 10,95 euros

cabanesNichées dans un arbre aux branches tentaculaires, cabanes d’enfant. Fièrement dressées sur les montagnes lointaines, cabanes de berger. Perdues au cœur d’une épaisse forêt, cabanes d’ermite. Défiant le remous des eaux, cabanes de pêcheur. Multiples et pourtant si semblables, les cabanes de Nylso nous rappellent à la nature avec laquelle elles font corps au point d’être totalement intégrées dans le paysage et de disparaître sous sa végétation luxuriante ou dans l’oubli des hommes. La cabane possède ce symbole qui lui est attaché. Un symbole qui lui donne le statut d’abri éphémère. Pour les jeux et les aventures au long court d’enfants à l’imaginaire foisonnant, pour des pêcheurs venus baigner l’asticot et titiller la carpe ou le brochet, pour le berger qui accompagne la transhumance de ses bêtes, pour le chasseur de palombes qui attend de longues heures l’arrivée d’une cible dans son viseur. Oubliées, elles possèdent pourtant une histoire, des histoires, les traces d’une vie, d’un passage. Nylso donne à voir ces cabanes toutes simples, faites de bois et de broussailles, de petits riens qui pourtant en font toute leur âme. Et on se prend au jeu de la retrouver dans le paysage et de lui attacher une fonction, de lui trouver une histoire, celle de ceux qui se sont abrités en son cœur. Pour comprendre aussi un peu la vie des hommes, absents de ce projet, qui les ont construites mais aussi peut-être oubliées. Dans un jeu de hachures subtil, avec délicatesse, Nylso offre des paysage dense de forêts, de champs de blé et lorsque notre regard se laisse perdre dans le dessin que l’on parcourt, nous envahit le bruit du vent, celui qui caresse les feuilles ou les grains, celui qui vient faire claquer les volets ou qui  s’engouffre dans la paille épaisse qui recouvre les toits. A ce moment-là le bonheur n’est jamais loin…   

Nylso – Cabanes – Michel Lagarde – 2016 – 23 euros

GenpetDans un futur pas si lointain au cœur de la cité tentaculaire de Hong Kong un couple se dirige avec leur fils vers un bâtiment niché sur une île artificielle placée dans la majestueuse baie high-tech de cet ancien comptoir anglais. Cette île héberge en son sein une société d’un genre nouveau qui exporte son nom et ses produits, des genpets, aux quatre coins du globe. Le genpet pourrait se décrire comme le stade ultime de la peluche qui nous accompagnait dans notre plus tendre jeunesse. Un petit être vivant qui se « construit » à partir d’une part de dessins du gamin qui va en hériter, et, d’autre part, summum de technologie, à partir de l’ADN de ce même gamin. Nat, le fils des Kanan, va dans peu de temps « construire » son genpet et repartir avec lui vers New York où sa famille réside. Dans ce processus subtil de création le père du petit garçon va introduire une demande un peu particulière, celle de créer un genpet protecteur qui pourrait se révéler un ange gardien pour son fils en cas d’attaques. Le technicien qui accompagne le processus de création informe la famille que, si sur le papier cette requête peut être entrée dans l’ADN du genpet, les conséquences sur sa nature et son évolution physique ne sont pas vraiment connues…
Ecrit par Damian, que nous avions entraperçu aux commandes d’une série avortée (Blechkoller) publiée chez le défunt 12 bis, ce récit fourmille d’idées et se développe autour d’une  problématique contemporaine, la  génétique. Les genpets, animaux de compagnie nouveaux créés de toute part à partir de simples dessins d’enfants débordant d’imagination se voient incorporé des bouts d’ADN des marmots qui en auront la charge dans le but de créer un terreau fusionnel. Alex Fuentes au dessin donne du rythme au récit et fait exploser les couleurs. Sa présentation de notre futur se forge autour de quelques repères au sein desquels il développe des extensions technologiques. Cela se révèle efficace et donne incontestablement l’envie de connaitre la suite des aventures de Nat et de son genpet !

Damian & Fuentes – Genpet – Ankama – 2016 – 10 euros (prix de lancement)

Nouvelles du front d'un pèrePeut-être que nos actes et nos pensées se nuancent dès lors que nous devenons parents. L’idée de vivre dans un monde apaisé, aux perspectives sociales, écologiques et géopolitiques bien meilleures que celles que nous pouvons rencontrer au quotidien, s’impose à nous de façon plus prégnante encore lorsqu’un enfant vient faire son entrée dans notre doux foyer. Il est naturel de craindre le futur quand le passé a démontré les effets pervers et pernicieux de tant de maux présents encore aujourd’hui (guerres, maladies, chômage…) et que le présent ne laisse pas entrevoir de lucarne d’espoir. Pourtant il faut composer avec ce que nous avons, avec ce que nous sommes et ceux que sont les êtres bons ou nocifs qui nous entourent. Mike Dawson est père, comme beaucoup d’hommes sur cette terre il s’inquiète de l’avenir, de ce que les générations actuelles laisseront en héritage aux  générations en devenir. Dans Nouvelles du front d’un père moderne il s’interroge sur tout un tas de sujets certes pas nouveaux (le droit de port d’armes, l’élevage en batterie des volailles et autres espèces destinées à nos assiettes, le rapport avec les futurs petits amis de sa fille, la question du genre qui se manifeste jusque dans les jouets des enfants…) qu’il aborde non pas avec des solutions en kit à usage immédiat mais avec un regard circonspect, qui pointe souvent le plus sombre pour rappeler que rien n’est acquis et que pas mal de choses restent à faire. L’album juxtapose donc plusieurs micro-récits développant chacun un sujet relié aux autres par l’inquiétude de ce père « moderne ». C’est plutôt bien fait, dans un style roman graphique incisif non dénué d’humour et d’autodérision. Donc chaudement recommandé !

Mike Dawson – Nouvelles du front d’un père moderne – çà et là – 2016 – 16 euros

EtésLes débuts d’été se ressemblent pour la famille Faldérault. Avec des airs de musique légers en toile de fond Pierre, le père de famille, achève les derniers encrages de sa nouvelle série BD positionné dans l’ouest américain au temps des cow-boys. Celle-ci met en scène un héros plutôt particulier dénommé Four en référence aux quatre mains qui lui permettent d’être une vraie terreur pour ceux qui osent le défier. A peine achevée l’histoire qui, du moins l’espère-t-il, fera bientôt le buzz, que notre homme se métamorphose en homo vacacionus. Short et chemise ridicule arborés fièrement suffise à son bonheur et à celui de sa femme et de la petite marmaille qui les accompagne. Dans une 4L miraculeusement suffisante pour contenir tout ce petit monde et le lot de bagages, notre petite famille se dirige non pas vers Ostende, Glasgow, Riga, Rotterdam ou Helsinski mais bel et bien le sud, le seul capable d’effacer les nuages et la pluie qu’ils transportent la plupart du temps…
Les vacances d’été sont souvent synonymes de voitures chargées de bagages dégorgeant, de routes nationales bondées, de climatisation poussées à l’extrême qui raclent les gorges. Mais les vacances d’été c’est aussi et surtout, et où que l’on réside, la recherche d’un sud. Un sud toujours plus au sud, toujours plus chaud et coloré, prêt à faire oublier la grisaille d’un quotidien pas toujours drôle qui ne demande qu’une bouée d’oxygène, une fois l’an. Les Beaux étés, c’est cela, les vacances loin du nord d’une Europe embuée pour faire le plein de vitamine D, de couleurs chaudes capables de relayer aux oubliettes les culs blancs aperçus le reste de l’année. Mais les vacances c’est aussi la disparition des contraintes, la possibilité de manger à n’importe quelle heure de la journée, n’importe quoi, n’importe où avec n’importe qui. Redonner une valeur et une symbolique au temps. Les Beaux étés, c’est aussi la domestication de l’improbable, la trouvaille d’un coin de paradis, l’effacement devant les contraintes, les franches rigolades au coin du feu qui attire les moustiques bravaches que l’on balaye d’un revers de main. Loin  de chez soi, l’esprit conquiert de nouveaux territoires et ce requinque pour les mois à venir qui n’attendront qu’une nouvelle virée dans le sud. Le second opus des Beaux étés opère un retour en arrière après avoir dévoilé les tensions mais aussi les joies du fameux été 1973 pour la famille Faldérault. Nous voilà donc revenu en 1969, année forte en symboles qui voyait déjà Pierre, le père de famille, dessinateur de son état rendre ses planches en retard, et décaler le départ vers la destination de rêve espérée depuis de nombreux jours. Et là pour la peine l’été 69 sera à la hauteur. Celle des calanques majestueuses et encore préservées, celles propices à toutes les extravagances et aux multiples possibles. Là, ils y seront guidés par Marius qui grâce à son bateau permettra les ravitaillements et balades en mer, pour goûter les saveurs locales et porter son regards toujours plus loin. Zidrou nous livre une histoire comme il aime les construire, sur des petits riens dopés par une humanité débordante, des personnages superbement campés, volontairement un brin cliché dans lesquels il est possible de s’identifier. Dans ce contexte Jordi Lafebre excelle. Il parvient par son dessin à faire vivre une époque, une façon de vivre, un détachement face à un quotidien a priori sans relief. Ça fonctionne plutôt bien et donne des couleurs incontestables à un mois de juin 2016 bien grisonnant !

Zidrou & Lafebre – Les beaux étés T2 : La Calanque – Dargaud – 2016 – 13,99 euros

Affreusement vôtreIl y a un peu moins de dix ans Thierry Olivier sortait un album qui bénéficia d’un statut un peu à part chez les aficionados d’hémoglobine, de gore et de séries Z, Affreusement Vôtre. L’oncle Mordreed revient sonner à la porte et nous présente six nouvelles histoires qu’il ouvre et clôt, un peu à la manière des Contes de la crypte, en posant l’ambiance avec suffisamment de détachement pour se faire entendre. Sous-titré Des Morts, des Vivants et des Morts-Vivants, cet album édité par Wetta comporte donc des histoires plus ou moins longues mettant en scène des morts-vivants de toute sortes qu’ils soient zombies ou vampires mais aussi quelques vivants qui le seront pour peu de temps encore. Le récit phare, Zombi-City se situe dans un New-York ravagé par une « épidémie » terrible qui réduit à l’état de mort-vivant la quasi-totalité des hommes et des femmes qui s’alimentent des rares vivants qui osent défier le mal au cœur de la ville. Parmi eux un homme plutôt à l’aise au milieu des zombies, armé de tout un arsenal d’armes de poings ou d’armes à feu qui lui facilitent le passage dans la jungle putride de corps décomposés mais encore mouvants et attirés par sa chair encore fraiche. Un jour qu’il arpente le bitume de la City il tombe sur une superbe femme aux cheveux bouclés prise à partie par des bouffeurs de chair affamés. Il sauvera la belle et l’emportera avec lui dans sa demeure modeste située au calme loin de la ville. Happy end pour cette histoire plutôt mal engagée ? Qui sait ? Avec un talent indéniable pour se fondre dans les contextes qu’il développe Thierry Olivier signe un album dans la veine de ce que pouvait être les séries d’EC Comics dont certaines sont rééditées aujourd’hui par Akiléos dans des volumes à fortes paginations. Le dessinateur ne se cantonne pas à proposer des histoires d’horreurs il va plus loin en nous présentant, au travers de deux récits, Dracula et Frankenstein la genèse de la création et du développement des mythes liés au deux héros au travers notamment du septième art. On ne saurait trop conseiller de lire cet album le soir tard seul dans son lit, l’effet est garanti par son auteur et un éditeur qui a eu incontestablement le nez creux en proposant cette suite au premier recueil de Thierry Olivier !

Thierry Olivier – Affreusement Vôtre : Des Morts, des Vivants et des Morts-Vivants – Wetta – 2016 – 15,95 euros

A venir dans notre HeBDo BD # 11 :

  • J’ai tué – John Lennon de Séjourné/Rodolphe (Vent d’Ouest)
  • Les naufragés du métropolitain tome 2 d’Ordas/Berr (Bamboo)
  • L’érection tome 1 de Jim/Chabane (Grand Angle)
  • Clos de Bourgogne de Corbeyran/Ruizge (Glénat)
  • Elisabeth 1ère de Delmas/Regnault/Meloni (Glénat)
  • L’écureuil de Grolleau/Bonelli (Sarbacane)
  • O Senseï de Cour (Akiléos)
  • La règle du jeu de Serpieri (Mosquito)
  • Adam Sarlech de Bezian (Les Humanoïdes associés)
  • L’herbier sauvage de Vehlmann/Cruchaudet (Soleil)
  • Salam toubib de Dallanges/Vedrines (Delcourt)
  • Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe de Seiter/Thouard (Editions du Long Bec)